La nouvelle de la reddition de cette ville importante, au lieu de désarmer la colère du gouvernement révolutionnaire, porta sa rage jusqu'au plus incroyable délire. On peut en juger par le décret barbare qui fut rendu sur-le-champ par la convention, sur le rapport de Barrère: Voici cet étrange monument historique:

Article 1er. Il sera nommé par la convention nationale, sur la présentation du comité de salut public, une commission de cinq représentans du peuple, qui se transporteront à Lyon sans délai, pour faire saisir et juger militairement tous les contre-révolutionnaires qui ont pris les armes dans cette ville.

Art. 2. Tous les Lyonnais seront désarmés, les armes seront données à ceux qui seront reconnus n'avoir pas trempé dans la révolte et aux défenseurs de la patrie.

Art. 3. La ville de Lyon sera détruite.

Art. 4. Il n'y sera conservé que la maison du pauvre, les manufactures, les ateliers des arts, les hôpitaux, les monumens publics et ceux de l'instruction.

Art. 5. Cette ville cessera de s'appeler Lyon. Elle s'appellera Commune-Affranchie.

Art. 6. Sur les débris de Lyon sera élevé un monument où seront lus ces mots: Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n'est plus!

L'exécution de ce décret monstrueux fut confiée à plusieurs commissaires désignés par la convention, et notamment à Collot d'Herbois, qui, de mauvais comédien était devenu législateur, au milieu de la confusion universelle; Collot avait été mal accueilli par le parterre de Lyon; son amour-propre offensé avait voué une haine implacable à cette ville; le décret de destruction qu'il était chargé de faire exécuter le mit à même de savourer toutes les délices de la vengeance.

A peine fut-il arrivé à Lyon, que, marquant d'un premier coup de marteau l'une des nombreuses maisons destinées à être détruites, huit cents ouvriers, à ce signal, se mirent sur-le-champ à l'œuvre pour démolir les plus belles rues. Les dépenses pour ces épouvantables démolitions s'élevèrent à onze millions, cinq cent mille livres.

Ce n'est pas tout encore. C'était peu de punir les révoltés dans leurs propriétés, il fallait sévir contre leurs personnes. Collot d'Herbois installe une commission révolutionnaire, composée de cinq individus qui sont investis du droit de décimer la population lyonnaise. Le costume de ces juges de mort ajoutait encore à ce que leur mission avait de terrible. De longues moustaches ombrageaient leurs visages sinistres; ils portaient sur la tête de longs panaches couleur de sang. Revêtus d'habits militaires, un long sabre pendait à leur côté, et leur poitrine était décorée d'une petite hache, suspendue à un ruban tricolore; ils siégeaient deux fois par jour à l'Hôtel-de-Ville, et prononçaient sur le sort des infortunés que leur amenaient les guichetiers. L'interrogatoire était simple et la procédure expéditive. «Quel est ton nom, ta profession? Quelle fut ta conduite pendant le siége? Tu as été, ou tu n'as pas été dénoncé.» Et immédiatement après ces questions, les juges, ou touchaient leur hache, ou portaient la main à leur front, ou étendaient la main sur la table. Le premier signe condamnait à la guillotine, le second à la fusillade, et le troisième exemptait de la mort. Toutes les dix minutes, sept infortunés étaient amenés, interrogés, inscrits, et faisaient place à sept autres. Tous ceux qui avaient pris les armes pendant le siége, tous ceux qui s'étaient montrés compatissans à l'égard des prêtres, qui s'étaient prononcés contre les clubistes, qui avaient osé paraître une fois sans cocarde, surtout ceux qui avaient le malheur d'être riches, étaient considérés comme criminels d'état, et entassés dans les caves de l'Hôtel-de-Ville jusqu'au moment de leur supplice. Collot d'Herbois, entouré de soldats de l'armée révolutionnaire de Paris, chargés de protéger tous ses actes de tyrannie, donnait à chaque instant, des ordres exterminateurs pour dépeupler et démolir une des plus belles villes de l'Europe. Dans ce conseil infernal, on délibérait si l'on ne ferait pas jouer la mine, pour hâter la destruction et faire disparaître sur-le-champ tous les détenus dont les caves étaient remplies. Ce projet avait déjà été énoncé par Collot d'Herbois dans le sein même de la convention. On ne s'y arrêta cependant pas, et la résolution fut prise de tirer des canons à mitraille sur les prisonniers condamnés à mort.