Le parlement de Dijon rendit, le 28 août 1787, près de sept ans après le crime commis, un arrêt expiatoire qui réhabilitait la mémoire de Claude Gentil et de Guillaume Vauriot. Il renvoyait définitivement Claude Pajot, Antoine Loignon, et Jean-Baptiste Gentil de l'accusation contre eux intentée. Cet arrêt appelait les peines portées par la loi sur les têtes des vrais coupables, et ordonnait néanmoins qu'il serait sursis à l'exécution à l'égard de Larue, jusqu'à ce qu'il eût plu au roi de manifester ses sentimens.
De plus, le parlement donna acte aux innocens acquittés, ainsi qu'au curateur à la mémoire de Claude Gentil et de Guillaume Vauriot, des réserves faites par eux, pour poursuivre leurs dénonciateurs.
Telle fut cette victoire que la justice sut noblement remporter sur elle-même. Malheureusement sur ces cinq victimes reconnues innocentes, il s'en trouvait deux à qui l'on ne pouvait restituer que l'honneur: Claude Gentil était mort sur l'échafaud, et Guillaume Vauriot aux galères!
LA PAYSANNE DES LANDES.
Les grandes villes, réceptacles habituels des vagabonds et des malfaiteurs de tous les pays, sont ordinairement le siége du vice et de la corruption, qui y trouvent d'ailleurs un aliment journalier dans les habitudes funestes qu'engendre l'oisiveté. Il n'en est pas de même dans les campagnes. La vie active des champs, la simplicité de leurs habitans, le spectacle continuel de la nature, amortissent les passions, et les empêchent surtout de commettre des crimes. Que l'on ajoute à tous ces heureux obstacles, l'extrême facilité que l'on a de se surveiller et de se contrôler mutuellement, et il sera très-aisé de s'expliquer pourquoi les campagnes sont beaucoup plus exemptes d'actions criminelles que le séjour corrompu des cités.
Mais quand de violentes passions font invasion dans les esprits ignorans et grossiers des bourgs et des hameaux, elles éclatent d'autant plus vivement qu'elles sont favorisées par le défaut absolu d'éducation et par la solitude, conseillère toujours pernicieuse dans de semblables circonstances.
Le fait que nous allons rapporter, arrivé dans les Landes de la Gascogne, contrée isolée, presqu'en dehors de la circulation, Arabie en miniature, où il faut traverser de grands et tristes déserts de sable et de bruyères pour arriver à de charmantes oasis, qui sont les seuls lieux habités, va nous fournir un déplorable exemple de ces passions dépourvues de toute espèce de frein.
Un laboureur, nommé Jean Labauchède, séduit par les charmes de Jeanne Dubernet, jeune et jolie paysanne, et croyant trouver le bonheur en unissant son sort à celui de cette fille attrayante, la demanda en mariage à ses parens, et l'obtint pour son malheur. La conduite de sa jeune épouse ne tarda pas à lui faire reconnaître combien il s'était cruellement trompé. Jeanne Dubernet fuyait sa société, et on la voyait souvent en tête-à-tête avec de jeunes garçons du village. C'était une première conséquence de la disproportion d'âge qui séparait les deux époux. Jean Labauchède, ignorant, comme on l'est dans ces contrées à demi-sauvages, n'avait nullement réfléchi à l'inconvénient de prendre une femme beaucoup plus jeune que lui, qui, parée des dons de la beauté, ne manquerait pas d'adorateurs, et n'aurait pas la ressource d'une bonne et morale éducation, pour se maintenir, sans broncher, dans les limites du devoir. Son choix imprudent n'avait été déterminé que par le désir de posséder une compagne aimable et belle. Fatal aveuglement! Il avait donné le nom d'épouse à une infâme créature qui devait bientôt préparer sa mort.