Cependant, aux cris de la dame Dubois, les domestiques, les voisins étaient accourus; on veut saisir le malfaiteur; mais on s’aperçoit bientôt qu’il s’est évadé en rompant un des barreaux de fer de la croisée qui donnait dans la cour, et qu’il est sorti par le jardin, en franchissant une balustrade auprès de laquelle on trouve un mauvais mouchoir, un soulier et des linges qui enveloppaient une blessure que le fugitif avait au pied.

Les gendarmes étant arrivés quelques instans après, la dame Dubois leur raconta la scène qui venait de se passer, ajoutant qu’on avait vainement appelé son mari, qui couchait dans son étude; qu’il n’avait pas même répondu. Sur cette observation, les gendarmes allèrent frapper à coups redoublés à la porte de l’étude, appelant le sieur Dubois à plusieurs reprises; mais celui-ci ne répondit que par quelques mots mal articulés, et n’ouvrit point. Il fallut que l’adjoint de la commune se présentât lui-même, et le sommât d’ouvrir. Dubois céda alors, et, sur le reproche qu’on lui adressa de n’avoir pas ouvert plus tôt, on prétendit qu’il avait répondu: Il est bien vrai que j’ai entendu; mais malheureusement on sait que je vis mal avec ma femme, et je craignais de me compromettre.

Le lendemain matin, les gendarmes arrêtèrent François Patural, qui s’était réfugié, à peu de distance, sous la charpente de l’écurie. Burat-Dubois le fils, qui les accompagnait, ayant apostrophé ce misérable, en lui disant: Ah! coquin, on te tient, Patural lui répondit: Tais-toi, ton père est plus coupable que moi: c’est lui qui m’a fait entrer dans la maison.

Traduit devant le juge-de-paix, Patural déclara que, le 28 décembre, il était entré, sur les six heures du soir, chez Burat-Dubois, qui l’avait invité à boire avec lui une bouteille de vin; que celui-ci l’avait introduit ensuite dans un cabinet, pour qu’il ne fût pas vu de sa mère ou de sa femme, pour qu’on ne sût pas qu’ils avaient bu ensemble et qu’il était resté.

On avait vu, le jour même de l’événement, le sieur Dubois causant familièrement avec Patural, et se promenant avec lui dans une chenevière; cette circonstance, combinée avec les propos tenus par Patural, lors de son arrestation, et fortifiée encore par la mésintelligence connue des époux Dubois et par la lenteur qu’avait mise le mari à ouvrir sa porte, détermina le magistrat à faire arrêter Dubois.

Interrogé par le magistrat de sûreté, il avoua qu’il s’était promené avec Patural dans la chenevière, mais qu’il n’avait d’autre but que de lui ordonner quelques travaux. Il affirma qu’il ignorait absolument que cet homme se fût introduit dans sa maison. Patural, interrogé de nouveau, persista à soutenir que c’était Dubois qui l’avait fait placer dans le cabinet voisin de la chambre de sa femme, mais qu’il ne lui avait fait part d’aucun projet criminel; qu’il lui avait dit seulement de n’en sortir que lorsque le moment serait favorable pour n’être point aperçu. Il ajouta qu’il n’avait fait aucune tentative pour ouvrir la porte de la dame Dubois; que c’était elle qui, l’ayant peut-être entendu, s’était imaginé qu’il voulait s’introduire chez elle, et s’était précipitée sur lui, mais qu’il ne lui avait porté aucun coup, et que, si elle avait quelques blessures, elle se les était faites elle-même. Enfin il déclara qu’il était sorti librement par la porte de la cour, et non par la fenêtre de la cuisine: déclaration évidemment fausse et démentie par les linges trouvés et par la rupture d’un des barreaux de fer de la fenêtre de la cuisine.

Mais bientôt la scène changea; Patural, qui jusque là s’était obstiné à dire que Burat-Dubois ne lui avait commandé aucun crime, annonça l’intention de faire des révélations importantes au directeur du jury. Il prétendit que Dubois l’avait expressément chargé d’étrangler sa femme, avec promesse de lui donner, à titre de récompense, une somme de cent écus.

Pendant cette nouvelle déclaration, Patural paraissait être dans un état voisin de l’ivresse. Le magistrat le lui fit observer; mais il persista, en disant qu’il sentait toute l’importance de sa déclaration. Le lendemain, il la réitéra en versant des larmes et en ajoutant qu’ayant dit à Dubois qu’il n’aurait peut-être pas le courage d’exécuter un pareil attentat, celui-ci lui avait donné du vin pour ranimer ses forces.

En conséquence, les deux prévenus furent mis en accusation et traduits devant la cour de justice criminelle du département de l’Indre, qui, par arrêt du 19 juin 1808, condamna Dubois à la peine de mort, et prononça l’acquittement de Patural.

Le sieur Dubois se pourvut en cassation contre son étrange condamnation, et la cour suprême cassa l’arrêt attaqué ainsi que la disposition relative à Patural; de sorte que celui-ci profita de l’acquittement singulier prononcé en sa faveur.