Burat-Dubois fut donc mis seul en jugement devant la cour criminelle de Tours. Là, sa cause prit une nouvelle face; là, il n’eut plus à redouter les préventions de pays, les haines de voisinage. L’avocat, chargé de sa défense, aborda franchement son sujet, et démontra qu’il n’était pas même constant qu’il eut été commis une attaque, à dessein de tuer, sur la personne de la dame Burat-Dubois, dans la nuit du 28 au 29 décembre 1807. Il raconta, preuves en main, ce que Dubois avait fait dans cette même soirée. Il avait reçu à six heures du soir l’huissier Beauduit; à sept, il s’était rendu à son tour chez ce voisin, avec les enfans duquel il avait joué long-temps; ce qui n’annonçait guère les préparatifs d’un meurtre. Avant de se coucher, il était entré dans la chambre de sa femme, avait couvert son feu, selon son habitude, et lui avait adressé un bon soir amical en la quittant.

Le défenseur termina son plaidoyer, en faisant un tableau de la désolation de la famille Dubois, au moment où la condamnation de celui-ci avait été prononcée à Châteauroux. Sa femme était prête à expirer..... Sa fille voulait se précipiter par une croisée..... Son fils fut sur le point de se noyer.

Le 18 décembre 1808, la cour, sur la déclaration unanime du jury qu’il n’était pas constant qu’il y eût eu une attaque à dessein de tuer, proclama l’innocence du sieur Dubois. On voit, par cette décision, que les jurés pensèrent que Patural ne s’était introduit dans la maison que dans l’intention de voler, et c’est en effet la seule opinion raisonnable à laquelle on puisse s’arrêter.

D’où procédait cependant cette terrible accusation articulée par Patural? Uniquement de la mésintelligence qui divisait les deux époux Dubois. Bien plus, sans cette circonstance, Patural n’aurait peut-être pas osé se hasarder à s’introduire la nuit dans cette maison; mais, connaissant la désunion qui y régnait, il bâtit là-dessus sa première déclaration; puis il en vint à imaginer la proposition du meurtre et la récompense promise à l’exécuteur du crime. Certes, une pareille accusation n’aurait pu jamais avoir prise sur des époux bien unis et donnant l’exemple de la concorde; la clameur publique aurait sur-le-champ fait justice de l’imposteur; au lieu que Dubois, tout innocent qu’il était, se vit à deux doigts d’une mort infamante, accusé d’un crime auquel sa conduite privée semblait donner quelque probabilité.


ASSASSINAT
DE LÉONARD GOUJON,
INDICES PUISSANS CONTRE SA FAMILLE, IMPUNITÉ DU CRIME.


«Quand les preuves sont indépendantes l’une de l’autre, dit Beccaria, c’est-à-dire, quand chaque indice se prouve à part, plus ces indices sont nombreux, plus le délit est probable, parce que la fausseté d’une preuve n’influe en rien sur la certitude des autres.»

On peut faire l’application de ces réflexions judicieuses aux détails du crime dont nous allons rendre compte, pour juger plus sainement de l’issue du procès qu’il fit naître, procès dans lequel la justice rencontra des embarras inextricables.

Léonard Goujon faisait le commerce des vins et des eaux-de-vie dans la commune de Gauriaguet, village des Gueynards, aux environs de Bordeaux. Sa fortune s’élevait à peu près à soixante mille francs; il était très-réglé dans ses affaires, économe et fidèle à ses engagemens; on ne lui connaissait aucune dette; il était estimé et aimé de tous ses voisins.