FILS
CALOMNIEUSEMENT ACCUSÉ DU MEURTRE DE SON PÈRE.
Dans la nuit du 10 au 11 avril 1811, le sieur Pettangue, propriétaire, domicilié à Rochecave, commune d’Azais-sur-Cher, fut assassiné entre onze heures et minuit, dans sa chambre à coucher. Il y eut, en même temps, tentative d’homicide sur la personne de Marie-Anne Brosse qui couchait dans la même chambre.
Le sieur Pettangue fut trouvé baigné dans son sang, et mort auprès de son lit. Un coupe-marc ensanglanté était sur son cadavre. La chambre était jonchée des débris d’un pot de nuit, et l’on y trouva encore un autre coupe-marc sans manche et tout fraîchement aiguisé, mais non ensanglanté.
On conjectura que les assassins s’étaient introduits dans la maison par une porte à deux venteaux dont l’un était ordinairement fixé à l’intérieur par une barre de fer se levant et s’abaissant sur un crampon. Cette porte communiquait du dehors au pressoir; du pressoir on avait dû passer dans la cave; de la cave à un escalier sombre, étroit et rapide qui menait à un corridor dans lequel on avait décroché un instrument appelé coupe-marc qui avait servi à commettre le crime. Il fut constaté que le sieur Pettangue avait reçu plusieurs coups de cet instrument sur la tête et un sur la main droite. Marie-Anne Brosse avait été frappée de trois coups sur la tête; de plus, elle avait été blessée à la cuisse avec un instrument tranchant, et on lui avait porté un autre coup au-dessus de l’œil gauche avec un instrument contondant; mais soit que les coups qu’on lui avait portés n’eussent pas été aussi forts, soit que sa tête eût été garantie de leur violence par le nœud du mouchoir qui l’enveloppait, elle survécut à cet assassinat, et les prompts secours qu’on lui administra ne tardèrent pas à la rétablir.
Le crime bien constaté, il s’agissait d’en connaître les auteurs. La déposition de Marie-Anne Brosse fut le principal guide de la justice dans cette affaire, et amena les magistrats à former une accusation de parricide.
Suivant cette déposition, deux individus s’étaient introduits dans la chambre, et au moment où ils se disposaient à frapper le sieur Pettangue, celui-ci avait dit à l’un d’eux: Ah! mon fils, laisse moi la vie et celle de ma chère amie; demande-moi ce que tu voudras, je te le donnerai. Mais loin d’être attendri par cette prière, l’assassin avait porté plusieurs coups au vieillard qui alors s’était écrié: Donne-moi encore un coup; je t’ai donné la vie et tu me donnes la mort! La fille Marie-Anne Brosse s’étant levée de son lit pour aller au secours de Pettangue, l’un des deux assassins l’avait frappée avec un pot de nuit et l’autre lui avait asséné sur la tête plusieurs coups qui l’avaient renversée.
La déposante ajouta que celui qui était armé du coupe-marc avait des bottes, un grand chapeau rond, une blouse bleue, et qu’elle l’avait reconnu pour être Pettangue fils, non seulement à la faveur du clair de lune, mais encore à la voix, parce qu’en se retirant, il avait dit à son complice: Elle est bien.
Sur cette déclaration qui devait nécessairement exciter l’attention de la justice, Pettangue fils fut aussitôt arrêté, et l’on se livra à une instruction longue et minutieuse. Nous allons mettre le lecteur au courant des principales circonstances qu’on parvint à recueillir.