LA FEMME FERRET.
Pierre Ferret, ancien maçon, âgé de soixante-deux ans, avait épousé Marguerite-Aubierge Parez, qui était de trente-quatre ans plus jeune que lui. Cette disproportion fut la cause première des désordres qui éclatèrent bientôt dans ce ménage, et préparèrent l’attentat dont nous allons parler.
Ferret avait loué, depuis le mois d’octobre 1811, un logement à Puteaux, canton de Nanterre. Sa femme habitait ce local avec Denise Lavé, qui leur servait de domestique; quant à Ferret, il ne venait à Puteaux que le samedi ou le dimanche de chaque semaine; il passait le reste de son temps à Paris, où il était retenu par ses travaux journaliers.
Le 17 février 1812, la fille Lavé vint trouver Ferret à Paris, et lui fit, de la part de sa femme, des reproches amers sur ce qu’il n’était venu à Puteaux ni le samedi, ni le dimanche précédent. Elle lui dit aussi que sa femme était malade, et se trouvait sans argent. Ferret, qui n’avait qu’une pièce de quinze sols, la remit à cette fille, et lui annonça qu’il se rendrait à Puteaux le soir même.
Il s’y rendit effectivement comme il l’avait promis; il arriva peu d’instans avant la fille Lavé, et un peu avant la nuit. Sa femme le reçut avec une extrême froideur, et se plaignit, en termes très-indécens, de ce qu’il ne lui fournissait pas assez d’argent. Elle dit ensuite à la fille Lavé de faire le feu dans le poële, et pour l’éloigner de la maison, lui ordonna d’aller chercher de la chandelle; quelques instans après, elle sortit elle-même, sous prétexte d’aller porter au nommé Lenormand un pantalon qu’elle lui avait raccommodé. Ferret resta donc seul. Mais bientôt s’impatientant de ne voir rentrer ni sa femme, ni la fille Lavé, il se détermina à aller au-devant d’elles; en traversant le logement pour sortir, il entendit ouvrir la porte d’un cabinet, et fut saisi par un individu qui lui asséna plusieurs coups de marteau sur la tête. Ferret reconnut, à la voix, cet homme pour être le nommé Homo, qui lui avait été signalé comme le corrupteur de sa femme; il le reconnut encore à sa casquette garnie de trois rangs de fourrures, sur laquelle il porta la main en se défendant.
Une lutte s’engagea entre l’assassin et sa victime; Ferret criait de toutes ses forces, en appelant à son secours. Homo, pour étouffer ses cris, appuya avec effort son poing sur la bouche de Ferret qui lui fit une morsure à la main. L’assassin chercha alors à étrangler sa victime; mais il ne put y parvenir, grâce à une cravatte que portait Ferret, et qui faisait trois fois le tour de son cou. Les cris de ce malheureux ayant été enfin entendus du sieur Pouthaux, propriétaire de la maison, qui connaissait les habitudes criminelles de la femme Ferret avec Homo, il présuma qu’elles avaient été pour Ferret une occasion de maltraiter sa femme, et il engagea sa femme et sa fille à aller s’assurer si ses conjectures étaient fondées.
En montant l’escalier qui conduisait au domicile de Ferret, la femme Pouthaux, sa fille et le sieur Meunier, qui les accompagnait, entendirent très-distinctement une voix partant de la chambre de Ferret, qui s’écriait: Je te demande grâce, mon ami: tu feras tout ce que tu voudras chez moi: laisse-moi la vie. La femme Pouthaux, arrivée à la porte du logement, adressa des reproches à Ferret: C’est une chose indigne, lui dit-elle, de maltraiter ainsi votre femme, et elle entendit, ainsi que sa fille et le sieur Meunier, cette réponse de Ferret: Je ne bats pas ma femme, c’est le fils Homo qui m’assassine.
A ces mots, le sieur Meunier enfonça la porte, qui était fermée au verrou. Le marteau dont s’était servi Homo, se trouva embarrassé sous cette porte, et ne permit pas qu’elle s’ouvrît assez pour qu’on pût entrer dans la chambre; mais à la clarté du flambeau que portait la femme Pouthaux, le sieur Meunier aperçut un homme escaladant une fenêtre, et fuyant sur les toits.