Jausion jette les yeux sur madame Manson; celle-ci continue d’un ton ferme: Actuellement je vous regarde.

Le président. Comment a-t-il tué ses enfans?

Mme Manson. C’est une affaire arrangée; mais le public n’est pas dupe.

Le président. N’avez-vous pas d’autre motif de votre conjecture que cette affaire arrangée?

Mme Manson. Je n’ai point été chez la femme Bancal; non, je n’y ai point été; (en élevant la voix) je le soutiendrai jusqu’au pied de l’échafaud.

Le président fait de nouveaux efforts pour triompher du silence obstiné de madame Manson. «Parlez, fille d’Enjalran, lui dit-il; parlez, fille d’un magistrat..... Pendant cette allocution touchante, la figure de madame Manson s’est altérée par degrés; à ces derniers mots, elle tombe de nouveau évanouie. En revenant à elle, elle aperçoit à ses côtés M. le général Desperriers; et, le repoussant d’une main, et portant l’autre sur l’épée du général, elle s’écrie: Vous avez un couteau! et elle s’évanouit encore: peu à peu elle reprend ses sens, et dit au président: Demandez à Jausion s’il n’a pas sauvé la vie à une femme chez Bancal?

Jausion. Je ne sache point avoir sauvé la vie à personne; j’ai rendu beaucoup de services, je l’ai fait avec plaisir, mais je n’en ai pas d’idée..... Alors les yeux de l’accusé rencontrent ceux de madame Manson; celle-ci détourne les siens, et s’écrie: «O Dieu! (puis avec force) il y avait une femme chez Bancal; elle y avait un rendez-vous: elle ne fut pas sauvée par Bastide.»

Le président. Par qui? il y avait Jausion et Bastide?

Mme Manson. Je vous dis qu’il y avait une femme chez Bancal. Bastide voulait la tuer, Jausion la sauva.

Le président. Mais Bastide et Jausion nient d’avoir été chez Bancal.