Le président. Cette femme ne s’est-elle pas trouvée mal dans ce cabinet?

Mme Manson. Ce n’était pas moi qui étais chez Bancal; j’ignore si cette femme se trouva mal dans ce cabinet; mais je sais que Bastide voulait la tuer, et que Jausion la sauva, et la reconduisit jusqu’au puits de Cité.

Le président. En passant dans la cuisine de Bancal, cette femme ne vit-elle pas un cadavre?

Mme Manson. Je répète que je n’ai jamais été chez Bancal.

Le président. Comment pouvez-vous savoir tant de choses, si vous n’avez pas été dans la maison Bancal?

Mme Manson. Ce sont des conjectures, d’après les billets que j’ai reçus et les démarches que les accusés ont faites auprès de moi. On m’a dit que depuis que j’avais fait ma première déclaration à la Préfecture, M. Jausion avait demandé des poignards: mais lorsque madame Pons est venue me voir, elle m’a assuré que cela n’était pas vrai, et que Jausion était tranquille. On m’a envoyé plusieurs billets qui n’étaient que de simples adresses de maisons où l’on m’invitait à me rendre; je ne me suis jamais rendue dans ces maisons, parce que je craignais d’y trouver des personnes de la maison Bastide.

Après ces paroles, madame Manson ayant prononcé avec embarras et à voix basse le mot serment, M. le président lui demande si l’on ne fit pas prêter un serment à la femme sauvée par Jausion. A cette question, elle essaie de reprendre toute son assurance, et, lançant un regard courroucé sur les accusés, elle répond: On dit qu’on fit faire un serment terrible sur le cadavre. Demandez à M. Jausion s’il n’a pas cru que cette femme à qui il a sauvé la vie fût madame Manson. Celui-ci nie avoir sauvé la vie à personne.

Le président, à Bastide. Vous le voyez, Bastide, vous étiez dans la maison de Bancal au moment de l’assassinat: est-ce vous qui avez proposé...—Bastide (l’interrompant.) J’ai déjà eu l’honneur de vous dire que je n’avais jamais eu de rapport avec la maison Bancal, quoique dise madame Manson.

Cette dernière se lève aussitôt, et frappant avec force du pied, s’écrie, avec l’accent de l’indignation: Avoue donc, malheureux! A ces mots, un mouvement d’horreur saisit tout l’auditoire, un silence plus morne règne dans la salle: les accusés eux-mêmes paraissent consternés.

Le président. Comment pouvez-vous accuser aussi fortement les prévenus, et ne pas avouer que vous avez été dans la maison Bancal?