R. Je l'appris par une lettre qui me fut écrite de Montpellier.

D. Par qui?

R. J'ai oublié le nom du signataire de la lettre.

D. Mais enfin, comment se fait-il que votre mère ait été trouvée dans l'auge de Cocural?

R. Je n'en sais rien.

A chaque question, l'accusé essayait, mais en vain, de lever sa tête, qui retombait aussitôt sur sa poitrine.

Les témoins furent entendus au nombre de trente-deux. Plusieurs rappelèrent le propos tenu par M. Capoulade, médecin d'Albouze. Celui-ci avoua le fait, et l'expliqua par diverses circonstances qui avaient appelé ses réflexions sur ce sujet.

Le ministère public soutint l'accusation avec beaucoup de force et de précision, et fit voir que les circonstances diverses et multipliées qui avaient été recueillies à l'occasion du meurtre de la veuve Barrié, devaient suppléer à l'absence de témoins de visu et aux doutes que pouvait laisser la matérialité du fait.

L'accusé fut défendu par Me Grandet, avec le talent et la loyauté dont il avait donné déjà des preuves si brillantes dans l'affaire Fualdès. Plusieurs parties de sa plaidoierie firent une vive impression sur l'auditoire.

Mais la délibération du jury ne pouvait être favorable à l'accusé. Trop de charges, des charges trop accablantes pesaient sur lui. Chacun était en droit de lui adresser ces terribles paroles: Pierre Barrié, qu'as-tu fait de ta mère? Le jury répondit affirmativement aux questions de culpabilité qui lui furent soumises, et le président prononça contre le prévenu la peine du parricide. L'abattement que ce malheureux avait montré pendant les débats, redoubla lorsqu'il entendit l'arrêt qui le condamnait à la mort; il ne put marcher jusqu'à sa prison qu'avec le secours des gendarmes qui le soutenaient. Ce jugement fut rendu le 17 novembre 1826.