Le mot qu’elle lui avait dit devint vrai.
Après elle, il n’aima plus personne. On eût dit qu’en l’aimant il avait contracté, pour les autres, la cruelle impossibilité d’aimer dont il avait été la victime.
Et cependant, malgré cette épreuve, lui, pas plus qu’elle, ne prit son parti sur soi-même et ne sut donner à sa vie la dignité de l’indifférence, la fierté calme de la résignation.
Avides d’un intérêt de cœur, ils osèrent le chercher encore. Leur intimité ne leur suffisait pas. Ennuyés, le jugement cruel, l’imagination exigeante, ils promenèrent partout leur fantaisie, voulant être une dernière fois heureux encore dans l’amour avant de mourir.
Ils cherchèrent tous deux, pressés de revenir l’un à l’autre et de se dire ce qu’ils avaient trouvé de meilleur à aimer qu’eux-mêmes, puisqu’ils ne s’étaient pas aimés. C’était à qui de lui ou d’elle viendrait se vanter, avec le plus d’orgueil, de ressentir enfin l’amour. Mais cet amour, appelé par eux, expirait toujours dans le mépris involontaire; et ce mépris, qui venait si vite quand ils regardaient entre les deux yeux ce qu’ils s’étaient à eux nommé leurs idoles, ne les empêchait pas de s’en reconstruire de nouvelles, qu’hélas! ils abattaient toujours.
A lui, ni la beauté, ni la jeunesse, ni l’amour même, tout ce qu’il admirait le plus, ne suffisait pour remplir sa pensée; et quant à elle, ni l’esprit, ni la renommée, ni le génie, toutes choses qu’elle sentait mieux qu’un homme, ne pouvait longtemps la captiver.
Ils se déprenaient avec la même vitesse, ils se détournaient avec le même dégoût. Créés, à ce qu’il semblait, l’un pour l’autre, si l’un tardait à mépriser ce qu’il avait d’abord tenté d’aimer, l’autre, impatient, implacable, le poussait bientôt à ce mépris par l’ironie, l’ironie qu’ils maniaient également tous deux.
Que de fois ils passèrent de longues heures dans la nuit l’un près de l’autre, flanc à flanc, les mains enlacées, couple fait, on l’eût dit du moins, pour toutes les voluptés de la vie, mais trouvant sans cesse l’esprit qui juge où ils avaient appelé la sensation qui enivre: couple superbe et fatal! réduit à insulter l’objet de ces amours qui ne duraient pas et à rire entre soi des ridicules vus le matin dans le tête-à-tête, affreuse comédie qu’ils se donnaient entre quelque baiser vide, quelque sombre et vaine caresse, par dédommagement du bonheur manqué et de l’enthousiasme impossible!
Que de fois ils se dirent que pour eux il n’y avait qu’eux cependant, mais ne s’expliquant pas par quel charme l’amour qu’ils cherchaient dans les autres ils ne le rencontraient pas dans leur cœur, puisque leur seul intérêt dans le monde naissait quand ils étaient réunis!
Ils vivaient ainsi; triste vie, sentiment sans nom parmi les hommes, relation que le monde ne comprenait pas.