V
Joséphine d’Alcy avait vingt-sept ans, à ce qu’il semblait: car qui fut jamais sûr de l’âge d’une femme?... Elle n’était ni belle ni jolie, disaient les femmes qui la rencontraient; mais elle avait des choses fort bien: manière de convenir de ce qui était désolant et irrésistible, aveu qui paraissait désintéressé! Quoi qu’il en soit, ce jugement était plus vrai que mille autres prononcés par ces dames, et contre lesquels nous, les bronzés de l’indifférence, ne nous sommes jamais révoltés, quoiqu’ils nous parussent d’une impartialité un peu suspecte.
VI
Joséphine n’était donc ni belle ni jolie... Mais on sentait que, deux jours après l’avoir vue, on pouvait l’aimer comme un fou. Elle s’enfonçait doucement dans l’imagination, et puis elle y restait. Elle ne produisait jamais cette mystérieuse sympathie qui s’établit tout à coup entre deux cœurs comme un courant électrique, magnétisme subtil et caché, le coup de foudre du dix-huitième siècle.—Non! elle commençait par laisser froid ou déplaire; mais, à la voir un peu davantage, elle déplaisait déjà moins,—et enfin,—enfin l’amour éclatait plus fort de tout le temps qu’il avait mis à naître.—J’ai toujours cru les êtres impressifs à la façon de Joséphine plus dangereux que ceux qui produisent l’ivresse nerveuse au premier regard.
VII
Elle était blonde, cette seule couleur de la jeunesse; car, malgré l’acte de naissance, toute femme brune ne fut jeune jamais.—Elle était blonde.—Dernièrement j’ai rencontré, madame, une femme blonde aussi, comme Joséphine, qui, certes! aurait embarrassé le plus habile coloriste, s’il se fût agi de la peindre. Or, ce qu’il eût manqué, je ne l’essaierai pas. C’était, comme sculptée par un procédé surhumain, et vivante, l’irisation qu’un soleil de printemps fait étinceler sur des feuilles nouvellement dépliées. Elle ressemblait, par la couleur, à ce qu’est la ligne courbe, toujours ondulante, jamais perdue, sur le marbre de la Vénus de Médicis. A l’ovale de ses joues, à ses épaules, aux tempes, dans les racines de ses blonds cheveux, il y avait, pâlissant parfois, mais éternellement distincte, la couleur dorée dans laquelle les vertes feuilles du bouquet qu’elle tenait dans ses mains d’ambre étaient trempées... Quelle substance était-ce que cette femme? Je ne sais. Elle me faisait peur, quoiqu’elle fût charmante. En s’approchant d’elle, on l’eût respirée, peut-être fanée... Son amant doit craindre, chaque matin, d’avoir à la mettre dans son herbier.