LVIII

Mais, ce soir-là... il parlait moins à Joséphine qu’il n’écoutait la ravissante poupée. Seulement, de temps en temps, on voyait, au mouvement de ses lèvres, qu’il laissait tomber un mot... un simple mot qu’elle ramassait, et sur lequel elle dévidait pendant un quart d’heure ses pensées,—si l’on peut appeler de ce mot ambitieux le frêle produit du cerveau gazeux de madame d’Alcy.—Ils parlaient, ou pour mieux dire, elle parlait du magnétisme animal.


LIX

Le résultat de cette soirée fut le désappointement de ce bon M. d’Artinel, qui piétinait tout en parlant politique avec un gros général qui l’avait collé à la cheminée. De cette cheminée, il envoyait de temps à autre un regard d’angoisse sur Joséphine et sur son heureux partner... sur Joséphine qui n’aurait pas (à ce qu’il lui semblait du moins à la distance où il était placé) ramassé un monde quand elle l’aurait eu à ses pieds. Enfin ce fut encore l’opinion d’Aloys, quand il se leva des chastes flancs de Joséphine, et que nous lui eûmes demandé ce qu’il en pensait.


LX

«Mon Dieu!—fit-il nonchalamment,—c’est une sotte qui a tout juste assez de jargon pour imposer à de plus sots qu’elle.»—Jugement plus cynique, en vérité, que nous ne l’attendions de sa part.—«Elle n’est pas jolie,—continua-t-il.—Voyez-la plutôt d’ici, roulant sa tête avec tant d’affectation dans ce rideau d’un bleu moins pâle qu’elle n’est blond pâle. D’honneur, son teint est plus blond que ses cheveux! Je crois que, si elle avait un amant, elle ferait très artistement des larmes sur le papier des lettres qu’elle lui écrirait, avec quelques gouttes du verre d’eau à la fleur d’orange qu’elle boit avant de se coucher.»