LXI

Cela dit, Aloys ne s’occupa plus de Joséphine et eut plus d’esprit que jamais avec nous.—Le lendemain, il la vit encore chez madame de Dorff, où ils allaient souvent tous les deux. Au bout d’un mois de rencontres à peu près quotidiennes, je demandai, un soir, à Aloys s’il avait toujours la même opinion sur Joséphine:—«Oui! toujours,» répondit-il avec un sang-froid d’autant plus admirable qu’alors il l’aimait comme un fou.


LXII

Est-ce que vous vous étonneriez, par hasard, madame, de ce qui arrivait à Aloys? Est-ce la première fois qu’un fait—insolent de sa vérité de portefaix—vient culbuter cette théorie un peu niaise de l’Idéal, amour allemand des imaginations mystiques? Quant à moi, qui ai peu de pente vers le mysticisme exalté, et qui—mais d’une autre manière que le docteur Kant—ai l’entente de la réalité à un degré très supérieur, la femme que j’ai le plus aimée—et, certes! j’en ai aimé beaucoup,—était l’antipode de tout ce que j’aurais voulu.


LXIII

Il l’aimait comme un fou,—oui! l’amour avait en lui l’intensité de la folie; mais là, madame, l’analogie s’arrêtait court.—La raison lui était restée, forte, inflexible, inaltérable, et, quoiqu’il l’aimât, cette femme, il la faisait passer, dans sa pensée, sous l’équerre et le niveau d’un jugement qui ne s’attendrissait jamais.


LXIV