LXXVIII

«Je veux briser!» Et il était brisé lui-même de la résolution stoïque qu’il prenait; mais, indomptable dans ses brisures, il n’était pas abattu. Comme Diogène, qui se roulait dans le sable ardent, sous le ciel le plus dévorant de l’été, il s’exposait sans sourciller à toutes les amertumes d’une passion comprimée. Il se regardait, impassible, brûler le cœur, comme Scævola se regardait brûler la main. Souffrir, pour lui, c’était vivre, c’était remplir sa vocation d’homme.—Il aurait eu des chevaux de poste pour fuir la douleur, qu’il eût refusé de les monter!


LXXIX

Partout où il rencontrait Joséphine, et il la rencontrait partout, il montrait la coquetterie d’esprit qu’il avait avec toutes les femmes. Il croyait l’avoir pénétrée,—amère science, coup d’œil qu’on paie cher!—mais il restait impénétrable. Il lui adressait les mêmes flatteries, avec une voix tout aussi légère qu’aux femmes les plus indifférentes. Il aurait été impossible d’apercevoir à travers ses manières que cette femme fût pour lui autre chose... qu’une jolie chose tout au plus.—Cependant, j’observai qu’il était toujours un peu plus pâle auprès d’elle;—mais la différence était imperceptible.


LXXX

Pâle sur pâle,—signe des natures passionnées quand elles souffrent ou jouissent. Car alors le sang se retire au cœur comme un fleuve qui remonte à sa source. Hélas! Joséphine n’avait point le secret de cette pâleur, flocon épars, tombé du matin même sur la neige d’hier un peu durcie, et que le moindre souffle emportait!