XCI
Madame de Dorff était donc l’amie de Joséphine,—une amie bien rare, comme dit ma grand’mère, en parlant de la millième qu’elle ait eue. Madame de Dorff n’était plus jeune; elle mettait du rouge comme Jézabel: Joséphine pouvait donc l’aimer. Si nous avions été au dix-huitième siècle, Joséphine, l’énigmatique Joséphine, dont les rubans étaient toujours frais et venaient nous ne savons d’où, aurait peut-être été la mademoiselle Aïssé de madame de Dorff, tandis qu’elle n’était que sa chère belle, titre officiel sans grande valeur. Madame de Dorff prenait avec elle ces airs maternels de patronnesse, si chers aux femmes sur le retour. Si elle avait connu la passion d’Aloys pour Joséphine, elle lui aurait dit sans nul doute: «Je vous remercie de l’aimer.» Mot historique que j’ai entendu dire par une de ces amies qui répètent: «Pauvre enfant, comme elle se compromet!» à un homme qui se mourait d’une passion sublime.
XCII
Or, Aloys retournait à Paris. Au moment où il allait partir: «Monsieur de Synarose,—dit madame de Dorff, avec cette assurance aristocratique qui ne craint point un refus, cet aplomb de femme bien née qui impose un désir comme une loi, même à un indifférent,—si j’osais, je vous prierais de remettre ce flacon à madame d’Alcy. J’étais si souffrante dans ma visite d’adieu que je l’emportai. Voulez-vous la remercier pour moi et lui dire que je suis tout à fait bien à présent?...»
XCIII
C’était la première fois que l’occasion se présentait pour Aloys de voir madame d’Alcy chez elle. Elle n’y recevait pas d’homme. Retraite mystérieuse où un pied botté ne pénétrait jamais, son boudoir ne s’ouvrait qu’aux femmes; car elle était trop jeune et dans une position trop délicate, puisqu’elle n’avait pas de mari et ne se réclamait d’aucun parent, pour voir chez elle plus que quelques jeunes femmes et beaucoup de ces respectables douairières qui plastronnent si bien une réputation contre les coups de la médisance, et qui s’occupent encore des plaisirs des jeunes gens—mais d’une façon orthodoxe—en leur faisant faire de bons mariages.