XCIV

Aloys prit le flacon des mains de madame de Dorff,—un charmant flacon d’agate, obscur comme la pensée d’une femme; mais qui exhalait, sous son bouchon d’or ciselé, une vague odeur d’essence de verveine, cette plante magique et sacrée dont les sorcières se couronnaient le front autrefois.—Les sorcières d’à présent ne la portent plus que dans leurs flacons.—Aloys promit qu’il remettrait le flacon à madame d’Alcy, le même soir.


XCV

Il y alla. Elle était seule.—Il aurait mieux aimé la voir flanquée de quelques-unes de ces vertus à chevrons dont elle était ordinairement entourée;—mais elle était seule, et ce n’était pas le moment de montrer l’embarras vulgaire des dix premières minutes d’un tel tête-à-tête avec la femme que l’on aime. Il ne voulait pas perdre l’équilibre de sa fatuité, fût-ce sur le tapis ou sur le canapé de madame d’Alcy.


XCVI

Elle était languissamment assise sur une espèce de divan très bas, une espèce de meuble oriental, qui lui rappelait l’existence des odalisques au sein de sa chaste solitude. Elle était languissamment assise,—oisive et probablement ennuyée d’être seule depuis si longtemps. Attendait-elle? Le diable seul pouvait le savoir. Sa robe (car la robe fait partie de la personnalité d’une femme, et je n’ai jamais pu les séparer), sa robe était d’une couleur indécise,—une nuance un peu hermaphrodite, entre le gris et le lilas. On aurait dit un nuage capricieux tissé pour elle, une de ces vapeurs d’un soir de printemps derrière lesquelles on imagine les plus délicieux horizons.


XCVII