Mais je n’ai jamais su décrire et je glisse sur tous ces détails. Elle était donc oisive et languissante. Pourquoi languissait-elle? elle ne le savait pas; mais c’était une pose, et lady Hamilton elle-même n’avait pas plus l’art des poses que Joséphine.—Il est vrai que ses études sur l’antique avaient été moins profondes; et quant à celles sur le nu, personne ne pouvait en parler.—Il était impossible d’avoir l’air plus pensif.—J’adore ces fronts inclinés où toujours flotte l’ombre de quelque chose,—rêverie qui passe, revient ou demeure, comme l’image d’un saule pleureur sur l’eau.—Ce soir-là, elle avait l’air encore plus pensif qu’à l’ordinaire. Je le crois bien, c’était une femme qui pensait toujours... à avoir l’air de penser.
XCVIII
Aloys—la poitrine saboulée par les palpitations de son cœur en se trouvant seul avec cette femme—remit à Joséphine, d’une main ferme, le flacon dont l’avait chargé madame de Dorff.—Puis commença une causerie qui, à la troisième phrase, comme il arrivait perpétuellement entre eux, tourna tout à coup sur les mystères ou les mysticités du sentiment.
XCIX
C’est plus dangereux que de marcher sur la pointe des clochers, ces conversations! Elles ont fait plus de Françoises de Rimini que les plus tendres livres du monde, lus en tête à tête avec un beau jeune homme. C’est le Poul-Sherro de bien des innocences.—Aloys y fut admirable d’empire sur lui-même; car il sentit que jamais il ne l’avait aimée davantage. Ah! s’il avait pu toucher Joséphine d’une baguette et l’endormir sur son divan, quels baisers fous il eût répandus sur ce front à la molle courbure, sur le vélin de ce teint mat et dans ses lèvres entr’ouvertes,—calice de rose un peu jauni, mais si suave encore!!!—Mais la baguette magique d’Aloys était un esprit merveilleux, qui faisait tout le contraire d’endormir les gens qu’il touchait.
C
Son orgueil lui disait bien un peu que, s’il voulait oser, l’audace réussirait peut-être. Il avait l’opinion hautaine que qui veut une femme l’a toujours.—Opinion qui touche, il faut le dire, à l’insolence, et que toutes les femmes ne pardonnent guère, apparemment parce qu’une telle impertinence les met dans la nécessité de résister.