CI
Mais il ne voulait pas,—car il la méprisait.—Et cependant il avait soif, et le lac lui coulait au bord des lèvres. Il éprouvait le désir aux mains rapaces qui nous ferait serrer, à ce qu’il semble, contre nos seins de chair, les étoiles du ciel les plus lointaines. Eh bien! il avait mis à ce désir les menottes de sa volonté... Joséphine ne se douta pas une minute de ses tortures.—Quoi qu’il en soit, qui peut dire que la force spartiate d’Aloys n’aurait pas succombé, si le tête-à-tête avait duré plus longtemps? Quand il se leva, il était plus fatigué que madame de Staël d’un hiver de conversations.
CII
Certainement, il n’était pas au bas de l’escalier que Joséphine repoussait avec dépit le tabouret de velours blanc sur lequel elle avait étalé son pied dans tous les sens, pendant qu’Aloys était resté là. Chose difficile à digérer! Elle avait la conscience de l’habileté et de l’inutilité de ses manœuvres, et voilà qu’Aloys continuait d’échapper à toutes ces embûches si bien dressées et d’une combinaison si parfaite! Le désappointement fut si grand et si profondément senti, qu’après réflexion elle songea à risquer une lettre,—cette première imprudence de la passion, cet abîme qui invoque tous les autres, comme dit la Bible.
CIII
Car il vaut mieux donner sa personne que d’écrire, et, par Jupiter! madame, ceci n’est point un paradoxe comme ceux que je soutiens parfois. J’aime le paradoxe, il est vrai; ma naissance elle-même en fut un, ma mère m’ayant introduit dans le monde le jour où l’on célèbre la fête de tous ceux qui en sont partis,—fête d’héritiers, où nous semblons dire aux pauvres morts, s’ils nous écoutent: «Tenez-vous où vous êtes, agréez nos sentiments et restez-y!»