CXIV

Mais je crois que l’indignation m’emportait... Vous souriez, madame, et je reviens à mon histoire. Joséphine n’était, elle, malgré les affectations modernes de son langage et de ses poses, qu’une femme affectée et rien de plus. Elle avait les coquetteries d’une femme, les ambitions d’une femme; mais en avait-elle les tendresses? Quoi qu’il en pût être,—et pour rester dans le vrai,—ce n’était qu’une innocente enfant, une perfection, une petite fille de douze ans qui venait de faire sa première communion le matin même, en comparaison de ces femmes comme j’en connais, et que les hommes—aussi lâches qu’elles sont impudentes—ne renvoient pas faire leurs compotes.


CXV

Hélas! madame, cette pauvre perfection était terriblement embarrassée! Elle allait et venait entre deux pensées: l’une de désir et l’autre d’épouvante; elle s’agitait entre la peur d’être compromise et le désir de plier Aloys à son caprice; mais il était impossible qu’elle restât beaucoup de temps encore dans une fluctuation si cruelle. C’était là pour sa rêverie un hamac qui n’était pas de soie, et dont les balancements ne produisaient pas le sommeil. Cette indécision devint trop violente. Aussi la vanité l’emporta-t-elle, et finit-elle par jouer son va-tout.


CXVI

Elle joua son va-tout.—Oui! madame,—intrépidement, comme Masséna, enfermé dans la presqu’île du Danube. Mais, avant de le jouer, elle mit de son côté toutes les chances de succès, et l’on peut dire que son adresse surpassa très fémininement sa bravoure; ce fut une indescriptible tactique, un plan merveilleusement et subitement combiné. Il n’y a point de Mémoires de Torcy pour une telle politique. Si Joséphine avait pu l’écrire,—et peut-être que la première femme venue réparerait très bien cet oubli,—nous aurions un traité de la Princesse, en comparaison duquel le traité du Prince serait une niaiserie d’écolier.


CXVII