Voilà donc à quoi elle songeait, cette créature qu’on croyait frivole, avec ses airs évaporés, ses vagues regards et ses cascatelles de paroles qui tourbillonnaient dans les oreilles de tous ceux qui avaient la patience de les écouter. Elle coquetait et caquetait. Elle coquetait et caquetait avec nous tous, avec Aloys, avec M. Baudouin d’Artinel... et le temps se passait ainsi! Et nous pensions, nous les fortes têtes, nous qui nous imaginions tout savoir de l’inextricable nature des femmes, que madame d’Alcy n’était, après tout, qu’une poupée à ramage, montée sur ressort pour glisser mieux sur le parquet d’un salon.


CXVIII

A toujours attendre, toujours attendre, le mois d’août était arrivé. C’est un mois où les nuits sont si belles, si pleines du baume de toutes les fleurs, qu’au sein même des villes—ces bassins de marbre comblés d’immondices—ces belles nuits d’août ont un charme et un parfum encore. La lune alors, cette douce âme du ciel, semble répandre plus de lumière que dans les autres mois de l’année; elle paraît jeter à tous les objets une écume argentée et les franger d’une nacre humide.


CXIX

Une nuit pareille (il était plus de onze heures et demie), une nuit pareille,—avait-elle été choisie à dessein?—la porte vitrée du balcon de la rue de Rivoli se trouvait entr’ouverte. Le balcon était désert; mais si l’on eût eu des yeux assez perçants pour distinguer à travers le vitrage, on eût vu deux personnes, assises l’une à côté de l’autre, dans l’appartement presque obscur,—où la lampe qui mourait semblait, par sa lueur indécise, vouloir se mettre au niveau des faiblesses qu’elle était destinée à éclairer... Ces deux personnes avaient le dos tourné à la lampe... Étaient-ce deux amants, oubliant le monde et la vie dans quelque rêverie nonchalante, pleine de sourires et de baisers? La lune penchait curieusement son visage sur les sombres massifs des Tuileries, comme si son Endymion, cette nuit-là, en avait cherché le mystère.


CXX

C’était une nuit délicieuse avec ses paillettes d’étoiles,—une nuit ravissante comme ces visages de femmes qu’on n’a vus qu’une fois—peut-être en rêve—et qui restent dans nos souvenirs; une de ces nuits qu’on n’oublie pas non plus, pour peu qu’on l’ait passée avec le Dieu de son âme ou... sa maîtresse,—ce qui est souvent la même chose; car le visage aimé est seul digne de recueillir ces lueurs saintes qui font doucement étinceler l’empreinte des baisers restée aux joues... si bien que l’on dirait des perles ou des larmes.