CXXX
Elle quitta la soirée de bonne heure. Nous remarquâmes que l’honorable M. d’Artinel ne tarda pas à disparaître de l’horizon lorsque son étoile eut filé. Depuis longtemps, sa jalousie (si jalousie il y avait dans une poitrine beaucoup plus exposée, à ce qu’il semblait, à un asthme) s’était évanouie. Joséphine l’avait-elle rassuré?... Mais il avait l’ineffable délicatesse de la discrétion, et nous ne pouvons parler que de nos observations personnelles.—«D’ailleurs,—disait-il en relevant sa cravate gommée,—M. de Synarose a de l’esprit, si l’on veut, mais il le gâte par sa fatuité; et, tant qu’à être fat, ceux de mon temps étaient beaucoup plus dangereux.»
CXXXI
Et après ce jugement, digne d’un homme accoutumé à la jugerie, il se reposait majestueusement en lui-même,—excepté quand Joséphine était là. Alors, il faisait l’empressé auprès d’elle avec la légèreté d’un vieux zéphyr; de plus en plus, ses phrases se gonflaient de larmes et s’interrompaient de soupirs. L’isolement le tuait—c’était sûr—depuis la mort de sa femme, et il sentait plus vivement que jamais qu’avec une âme si pleine de sympathie il avait été créé pour vivre à deux.
CXXXII
Et puis il fallait une tutrice à ses filles,—une espèce de mère qui leur apprendrait à se tenir droites et leur ferait un choix de romans. Déjà elles couraient sur la lisière de l’adolescence, époque difficile à traverser. Un amant pouvait arriver d’un jour à l’autre, et il fallait nécessairement leur apprendre quelle mine doivent faire des filles bien élevées à la première déclaration.