Et il se mit à prononcer tout bas des mots étranges, inconnus à maître Thomas le Hardouey, qui tremblait à claquer des dents, d'impatience, de curiosité, et malgré ses muscles et son dédain grossier de toute croyance, d'une espèce de peur surnaturelle.

—Véy'ous quéque chose à cette heure? dit le berger.

—Vère! répondit le Hardouey, immobile d'attention, appréhendé, je commence...

—Dites ce que vous véyez, reprit le pâtre.

—Ah! je vois... je vois comme une salle, dit le gros propriétaire du Clos, une salle que je ne connais pas... Tiens, il y fait le jour rouge qu'il faisait tout à l'heure dans la lande et qui n'y est plus.

—Guettez toujours, reprenait monotonement le pâtre.

—Ah! maintenant, dit le Hardouey après un silence, je vois du monde dans la salle. Ils sont deux et accotés à la cheminée. Mais ils ont le dos tourné, et le jour rouge qui éclairait la salle vient de mourir.

—Allez! guettez, ne vous lassez, répétait toujours le berger qui tenait le miroir.

—V'là que je revois! dit le fermier... Il brille une flamme. On dirait qu'ils ont allumé quelque chose... Ah! c'est du feu dans la cheminée... Mais la voix de Thomas le Hardouey s'étrangla et son corps eut des tremblements convulsifs.

—Il faut dire ce que vous véyez, dit l'implacable pâtre, autrement le sort va s'évanir.