—Vous n'avez donc pas de pouvoir, dit le Hardouey, vous n'êtes donc plus que des valets d'étable, de sales râcleurs de ordet à cochon?
—Du pouvai! j' n'en avons pas contre li, dit le pâtre, il a sur li un signe pus fort que nous!
—Quel signe? repartit l'ancien propriétaire du Clos. Est-ce son bréviaire ou sa tonsure de prêtre?...
Mais les bergers restèrent dans le silence, indifférents à ce que disait le Hardouey de la perte de leur pouvoir, et à ses insultantes déductions.
—Sans cœurs! fit-il.
Mais ils laissèrent tomber l'injure, opiniâtrément silencieux et immobiles comme les pierres sur lesquelles ils étaient assis.
—Ah! du moins, continua le Hardouey, après une pause, si vous ne pouvez faire de lui ce que vous avez fait de moi et... d'elle, n' pouvez-vous me montrer son destin dans votre miroir et m'dire s'il doit charger la terre du poids de son corps encore bien longtemps?
Le silence et l'immobilité des bergers avaient quelque chose de plus irritant, de plus insolent, de plus implacable que les plus outrageantes paroles. C'était comme l'indifférence de ce sourd destin qui vous écrase, sans entendre tomber vos débris!
—Brutes! reprit Thomas le Hardouey, vous ne répondez donc pas? Et sa voix monta jusqu'aux éclats de la colère!—Eh bien! je me passerai de vous; et l'expression dont il se servit, il l'accompagna d'un blasphème.—Gardez vos miroirs et vos sorcelleries. Je saurai à moi tout seul quel jour il doit mourir, cet abbé de la Croix-Jugan!
—Demandez-li, maître Thomas, fit le berger d'un ton de sarcasme. Le v'là qui vient! entend'ous hennir sa pouliche?