J'avoue que cette dernière partie de l'histoire, cette expiation surnaturelle, me sembla plus tragique que l'histoire elle-même. Était-ce l'heure à laquelle un croyant à cette épouvantable vision me la racontait? Était-ce le théâtre de cette dramatique histoire, que nous foulions alors sous nos pieds? Étaient-ce les neuf coups entendus et dont les ondes sonores frappaient encore à nos oreilles et versaient par là le froid à nos cœurs? Était-ce enfin tout cela combiné et confondu en moi qui m'associait à l'impression vraie de cet homme si robuste de corps et d'esprit? Mais je conviens que je cessai d'être un instant du XIXe siècle, et que je crus à tout ce que m'avait dit Tainnebouy, comme il y croyait.

Plus tard, j'ai voulu me justifier ma croyance, par une suite des habitudes et des manies de ce triste temps, et je revins vivre quelques mois dans les environs de Blanchelande. J'étais déterminé à passer une nuit aux trous du portail, comme Pierre Cloud, le forgeron, et à voir de mes yeux ce qu'il avait vu. Mais comme les époques étaient fort irrégulières et distantes auxquelles sonnaient les neuf coups de la messe de l'abbé de la Croix-Jugan, quoiqu'on les entendît retentir parfois encore, me dirent les anciens du pays, mes affaires m'ayant obligé à quitter la contrée, je ne pus jamais réaliser mon projet.

FIN.


Achevé d'imprimer
le 30 septembre mil huit cent soixante-dix-huit
PAR CHARLES UNSINGER
POUR
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
A PARIS