Dans la balle d'un pistolet,
La clef de sa métamorphose!
Telle est la conclusion que les hommes pratiques tireront de la doctrine du philosophe. Assurément, on doit espérer que de si dégradantes conséquences, une fois seulement indiquées, diminueront un peu dans l'opinion l'importance que le parti philosophique antichrétien veut créer au livre de Jean Reynaud.
Et qu'on nous permette d'ajouter encore un dernier mot.
Quand on s'élève à une certaine hauteur, il n'y a plus que deux sortes de livres,—deux grandes catégories, dans lesquelles tous les genres et tous les sujets peuvent rentrer: les livres faits par l'observation et les livres faits par la rêverie. Observation et rêverie, voilà les tiges-mères de toutes les familles de l'esprit humain. Eh bien, ni comme observateur ni comme rêveur Jean Reynaud n'occupera une place élevée dans la hiérarchie des intelligences de son temps! Tout au plus donnera-t-il le bras à Pierre Leroux, l'auteur de l'Humanité, avec lequel il a plus d'une analogie, et s'en iront-ils tous deux à la fosse commune de l'oubli. Observateur nul, puisque son système n'est qu'une induction, et rien de plus, il choque profondément en nous la faculté qui a soif de réalités et de vérité, mais il n'intéresse pas l'imagination davantage. Quand on a lu cet immense volume d'hypothèses sur la pluralité des mondes éternels, savez-vous à quoi l'on retourne pour se délasser d'une telle lecture?... Aux historiettes astronomiques de Fontenelle et aux gasconnades de Cyrano de Bergerac.
[DONOSO CORTÈS][6]
I
Intellectuellement, c'est une frégate à la mer que la publication de ces œuvres[7] de Donoso Cortès. Chargés de vérité et, pour ainsi parler, pavoisés des couleurs d'un grand talent, dont le caractère est l'éclat, ces trois volumes, comme le vaisseau que montait l'aïeul de Cortès pour aller à la conquête d'un monde, s'en vont à la conquête des âmes, qui sont aussi des mondes, et peut-être plus difficiles à conquérir... Quelle que soit leur destinée, c'est un service rendu à l'Église que d'avoir pensé à les traduire et à les publier dans cette langue française qui n'est pas seulement, comme on l'a dit, la langue de la diplomatie et de la philosophie, mais qui est plus qu'une autre la langue de la propagation et de la foi.