Pendant bien des années, la Clairière de la Sainte (cétait le nom donné au lieu où était la tombe de Maggie), fut visitée, chaque automne, par deux pèlerins silencieux et attristés…
Lun deux portait la robe noire du missionnaire; sur son visage jeune encore, mais pâli par les rudes épreuves de son saint ministère, se lisait une pensée profonde et douloureuse.
Lautre, son inséparable compagnon, était un Indien de haute stature, dans la noire chevelure duquel lâge commençait à semer de longs fils dargent.
Tous deux sagenouillaient sur un tertre gazonné queux seuls auraient pu reconnaître, et ils priaient longtemps en silence pendant que quelques larmes coulaient de leurs yeux desséchés par les orages et les soleils du Désert.
Puis, en se relevant, le plus jeune disait à lautre
— Oui, mon bon Jim, la prière est douce au coeur affligé.
— Prier, penser, espérer, très bon, répondait Jim.
Ensuite Halleck, le jeune missionnaire vieilli avant lâge, se détournait avec un soupir, et, moissonneur infatigable, partait pour récolter des âmes.
Un jour lIndien revint seul et portant une forme humaine: enveloppée dun suaire noir.
Il creusa une tombe à côté de celle de la sainte et y déposa son précieux fardeau.