La nuit était si calme et silencieuse que, sans élever la voix, on pouvait causer dune extrémité à lautre de limmense salle. La conversation devint générale et sanima, surtout entre Maria et loncle John. Halleck sadressait particulièrement à Maggie, sa plus proche voisine.
— Maria ma parlé dun Indien, un Sioux, je crois, qui est grand ami de votre famille? lui demanda-t-il.
— Christian Jim, vous voulez dire?…
— Cest précisément son nom. Savez-vous où il habite?
— Je ne pourrais vous dire — je crois bien que sa demeure est aux environs de la Lower Agency; en tout cas il vient souvent chez nous. Il a été converti il y a quelques années, dans une occasion périlleuse, papa lui a sauvé la vie; depuis lors Jim lui garde une reconnaissance à toute épreuve: il nous aime peut-être encore plus que les missionnaires.
— Un vrai Indien noublie jamais un service; ni une injure, observa Halleck sentencieusement; quelle espèce dindividu est cet Indien?
— Il personnifie votre idéal de lHomme-Rouge, au moral, du moins; sinon au physique. Cest tout ce quon peut rêver de noble, de bon; mais il est grossier comme tous ceux de sa race.
Maggie sétonnait de soutenir si bien la conversation, contrairement à ses habitudes de silence. Elle subissait, sans sen apercevoir, linfluence dHalleck, dont la délicate urbanité savait mettre à laise tout ce qui lentourait; le jeune artiste avait, en outre, le don de placer la conversation sur un terrain favorable pour la personne avec laquelle il sentretenait.
Tout le monde na pas ce talent aussi rare quenviable.
Le coup doeil général de cette réunion intime aurait fait un tableau charmant et pittoresque; dans un angle, la figure bronzée du vieux Brainerd demi noyé dans les nuages tourbillonnants quexhalait sa pipe; à côté de lui, le visage calme et souriant de son excellente femme. Un contraste harmonieux de la force un peu rude et de la bonté la plus douce. Au centre, éclairée par les plus vifs rayons de la lune, Maria, rieuse, épanouie, alerte, toujours en mouvement; on aurait dit un lutin faisant fête à la nuit. Plus loin, Adolphe, son feutre pointu sur loreille, les jambes croisées, nonchalamment renversé dans son fauteuil, envoyant dans lair, par bouffées régulières, les blanches spirales de son cigare; Maggie, naïve et gracieuse, ses grands yeux noirs et expansifs fixés sur son cousin avec une attention curieuse, toute empreinte de grâce innocente et juvénile, ressemblant à la fée charmante de quelque rêve oriental.