Lautre, sans sourciller, resta immobile et muet; Will rentra, après un moment dattente.
— Il nest pas disposé, à ce quil parait, ce soir dit-il en revenant; il faudra nous passer de lui.
Maggie sétait mise au piano, et avait fait entendre un simple prélude à lunisson; toute la portion adolescente de la famille se réunit pour laccompagner. Will avait une belle voix de basse; Halleck était un charmant ténor; on entonna lhymne splendide «sweet hour of Brayers» dont les accents majestueux, après avoir fait vibrer la salle sonore, allèrent se répercuter au loin dans la prairie.
Le chant terminé, chacun reprit son siège pour entendre la lecture du chapitre; ensuite, les exercices pieux se terminèrent par une fervente prière que lon récita à genoux.
Les jeunes filles allèrent se coucher, sous la conduite de M. Brainerd; les hommes rallumèrent des cigares et sinstallèrent de nouveau sur leurs sièges. Chacun deux avait une pensée curieuse et inquiète à satisfaire: Halleck voulait approfondir la question Indienne en se livrant à une étude sur Jim; Loncle John et le cousin Will avaient remarqué un changement étrange dans les allures du Sioux, ils désiraient éclaircir leurs inquiétudes en causant avec lui.
Ils sacheminèrent donc tout doucement hors du salon et allèrent rejoindre sous le portique leur hôte sauvage. Ce dernier fumait toujours avec la même énergie silencieuse, et sa pipe illuminait vigoureusement son visage, à chaque aspiration qui la rendait périodiquement incandescente. Il garda un mutisme obstiné jusquau moment où loncle John linterpella directement.
— Jim, vous paraissez tout changé ce soir. Pourquoi nêtes-vous pas venu prendre part à la prière? Vous ne refusez pas dadresser vos remerciements au Grand-Esprit qui vous soutient par sa bonté.
— Moi, lui parler tout le temps. Moi, lui parler quand vous lui parlez.
— Dans dautres occasions vous aviez toujours paru joyeux de vous joindre à nous pour ces exercices.
— Jim nest pas content: il na pas besoin que les femmes sen aperçoivent.