— À votre aise! il ny a pas doffense! Oncle John, nous disons donc quil ny a pas lieu de seffrayer?
— Ah! ah! mon garçon, il y a bien réellement un danger, cest certain; viendra-t-il, ne viendra-t-il pas jusquà nous?… cest incertain. Avez-vous entendu dire quelque chose de ces troubles pendant que vous étiez sur le steamer?
— Depuis que vous me parlez de tout çà, il me revient un peu dans lesprit que jai dû ouïr murmurer je ne sais quoi au sujet des craintes quinspiraient les Sauvages. Mais je ne me suis point préoccupé de ces fadaises; dailleurs, je commence à croire que les Blancs par ici nont quune toquade, cest de dénigrer les Peaux-Rouges.
— Ah! pauvre enfant! comme vous aurez changé dopinion, lorsque vous serez plus âgé dun an seulement! dit le jeune Will qui semblait beaucoup plus affecté que son père des mauvaises nouvelles apportées par le Sioux. Les plus funestes légendes que nous aient léguées nos ancêtres sur la barbarie Indienne, ont pris naissance dans ce pays même, dans le Minnesota.
— Sans nul doute, les informations de Jim sont sures, et il ne voudrait pas sciemment nous tromper, reprit loncle John sans prendre garde à cette dernière remarque; je vais tirer cela au clair avec lui. — Jim devons-nous quitter les lieux cette nuit?
LIndien resta deux bonnes minutes sans répondre. Les bouffées senvolèrent de sa pipe plus épaisses et plus rapides; son visage se contracta sous les efforts dune méditation profonde: enfin il lâcha une monosyllabe
— Non.
— Quand faudra-t-il partir? demanda Will.
— Sais pas. Peux pas dire. Il faut attendre den savoir davantage; jirai voir et je dirai ce que jaurai vu; peut-être il vaudra mieux rester.
— Enfin, il sera encore temps demain, nest-ce pas.