Tout en faisant voltiger à droite et à gauche son crayon docile, Halleck jasait gaîment et entretenait la conversation avec une verve intarissable. Peu à peu les traits se multipliaient, lesquisse prenait une forme.

— Si seulement nous avions à portée lhomme rouge, observa-t-il, je le croquerais en détail. Mais, jy pense, nous pouvons nous procurer cette jubilation; je vais dabord placer, dans mon ébauche, le canot bien en vue, jy dessinerai ensuite lIndien maniant laviron, lorsque nous serons parvenus à nous rapprocher de ce pêcheur.

— Assurément voilà un homme bien paisible et bien occupé; il a lair de poser pour son portrait. Croyez-vous quil se soit aperçu de notre présence?

— Sans nul doute, car nous sommes aussi fièrement en vue; cependant jaffirmerais que son poisson le préoccupe beaucoup plus que nous. Tenez! il a levé la tête et nous a regardés. Ah! le voilà qui regarde en bas; il vient denlever quelque chose au bout de sa ligne.

— Chut! fit Maria vivement; regardez encore ce canot là-bas. Ne voyez-vous pas, au-dessus, quelque chose comme le plumage brillant dun oiseau?

— Je ne puis moccuper que de mon dessin; je nai pas de temps à perdre en babioles, et il faut que je travaille maintenant que me voilà en train.

— Mais regardez donc, insista la jeune fille, vous verrez quelque chose qui vous intéressera; je suis sûre maintenant quil y a là une tête dIndien.

Lartiste se décida enfin à jeter les yeux dans la direction indiquée; il daigna même admettre quil voyait quelque chose dextraordinaire dans ce buisson

— Oui, murmura-t-il, cest bien la touffe de chevelure ornée que portent les guerriers sauvages; cest leur panache bariolé de plumes éclatantes.

Pendant quil parlait, le Sauvage surgit entièrement hors des broussailles, faisant voir son corps peint en guerre; presque aussitôt il disparut.