Un silence de mort suivit cette péripétie sanglante; Halleck et Maria sentreregardèrent terrifiés. Le jeune artiste ne tarda pas à reprendre son sang-froid.

— Mon opinion, cousine, est que nous ferons bien de terminer nos dessins un autre jour, dit-il de son ton tranquille, tout en repliant son portefeuille méthodiquement.

— Ah!! mon Dieu! sécria Maria avec terreur, vous ne savez pas… non, vous ne savez pas quels dangers nous menacent!

Ces mots étaient à peine prononcés quun second et un troisième coup de feu cinglèrent lair; des balles sifflèrent à leurs oreilles, indiquant dune façon beaucoup trop intelligible que cette dangereuse conversation sadressait à eux.

— Que lenfer les confonde! grommela Halleck ce sont quelques renégats qui déshonorent leur race.

Il sarrêta court, Maria venait de le saisir convulsivement par le bras pour lui faire voir ce qui se passait au bord du lac. Trois Indiens, bondissant et courant comme des cerfs, accouraient rapidement. Adolphe, malgré tout son sang-froid, ne put se dissimuler quil fallait prendre un parti prompt et décisif.

— Soyez courageuse, ma chère Maria, lui dit-il en la prenant par la main, et venez vite.

Puis il lentraîna vers le fourré, en sautant de rocher en rocher. La jeune fille sapercevant quil avait lintention de fuir tout dune traite jusquà la maison, lui dit, toute essoufflée

— Jamais nous ne pourrons nous échapper en courant; il vaut mieux nous cacher.

Adolphe regarda hâtivement autour de lui, et avisa un vaste tronc darbre creux enseveli dans un buisson inextricable.