Cependant, songeant aussitôt que les autres Indiens devaient approcher, il sonda anxieusement les alentours. Rien ne se montra, la solitude était rendue à son profond silence.

Après sêtre convaincu, par une longue attente, que tout adversaire avait disparu, Halleck tira ses crayons, ouvrit philosophiquement son fameux portefeuille, et murmura, en cherchant une page blanche :

— Si cette balle navait pas si bien été ajustée, jaurais du imiter Parrhaseus; heureusement il ne sagit plus de cela, je me garderai bien de laisser échapper la plus sublime occasion de faire un croquis magistral.

Sur ce propos, il se prépara à enrichir son album dune étude sur lindien mort devant lui.

CHAPITRE V UN AMI PROPICE.

Il ne faudrait pas croire que la main de lartiste tremblât pendant quil crayonnait le portrait de lIndien abattu; si quelque agitation nerveuse se produisait dans sa main, cétait la suite de lexercice forcé auquel il venait de se livrer, mais lémotion ny entrait pour rien.

Comme un vieux soldat ou un chirurgien émérite familiarisé avec laspect de la mort, Adolphe considérait ce cadavre farouche et hideux avec le plus grand sang froid, exactement comme un simple modèle de nature morte.

Bien plus, peu satisfait de sa pose, il le tourna et retourna, arrangea ses bras et ses jambes, disposa sa tête, plaça tout le corps dans le meilleur état de symétrie possible, de façon à, lui donner une jolie tournure.

Ensuite, se reculant de quelque pas pour mieux juger leffet, il se plaça lui-même en bonne situation; et tout étant ainsi ajusté à sa grande satisfaction, il se mit à dessiner.

— Je ne suppose pas, murmura-t-il en travaillant, avec son flegme habituel; je ne suppose pas quon puisse appeler cela un modèle qui pose, Cest un modèle qui gît.