La boxe pédestre aussi bien que manuelle, navait aucun mystère pour Halleck, et sur ce terrain il était maître de son ennemi; sa seule crainte était de le voir employer quelque nouvelle arme, car lartiste navait plus que ses pieds et ses poings.

Aussi, ce fut avec un vif déplaisir quAdolphe le vit extraire du fourreau un couteau énorme, puis se diriger sur lui avec précaution.

Néanmoins, lartiste, nayant pas le choix de mieux faire, se préparait à une lutte corps à corps, lorsquil entendit sapprocher les deux camarades du bandit. Une pareille rencontre devait être trop inégale pour quHalleck sy engageât autrement quà la dernière nécessité. Aussi, réfléchissant que ses jambes sétaient reposées, et quelles étaient admirablement prêtes à fonctionner, il sélança plus prestement quun lièvre et se mit à courir.

Inutile de dire que son adversaire acharné se précipita à sa poursuite; cette fois lartiste avait si bien pris son élan que lIndien fût distancé pendant quelques secondes. Toutefois lavance gagnée par Halleck fut bientôt reperdue; ce qui ne lempêcha pas de prendre son temps pour raffermir sous le bras son portefeuille, dont, avec une ténacité rare, il navait pas voulu se dessaisir; on aurait pu croire quil le conservait comme un talisman pour une occasion suprême.

Au bout de quelques pas il entendit craquer les broussailles sous les pas du Sauvage; son approche était dautant plus dangereuse quil avait retrouvé son tomahawk.

Craignant toujours de recevoir, par derrière, un coup mortel, Halleck se retournait fréquemment. Cet exercice rétrospectif lui devint funeste, il se heurta contre une racine darbre et roula rudement sur le sol la tête la première.

Le Sauvage était si près de lui, que sans pouvoir retenir son élan, il culbuta sur le corps étendu de lartiste. Halleck se releva dun bond, recula de trois pas, et voyant que lheure dune lutte suprême était arrivée, il se prépara à vaincre ou mourir; lIndien, de son côté, allongea le bras pour le frapper.

Il ny avait plus quune seconde dexistence pour Halleck, lorsque la détonation aiguë dun rifle rompit le silence de la solitude; le Sioux fit un saut convulsif et retomba mort aux pieds du jeune homme.

Ce dernier jeta un rapide regard autour de lui pour tâcher de découvrir quel était le Sauveur survenu si fort à propos; il ne vit rien et ne parvint même pas à deviner de quel côté était parti le coup de feu.

La première pensée de lartiste fut que la balle lui était destinée, et sétait trompée dadresse, mais quelques instants de réflexion le firent changer davis.