Les tourbillons de fumée qui obscurcissaient lhorizon avaient parlé un lugubre langage, facile à comprendre; du haut de son observatoire, Will avait aperçu le détachement indien qui avait côtoyé le lac.

Au premier abord, on avait pu croire quils se dirigeaient vers le Settlement, et dans lattente dune agression prochaine, on avait attelé les chevaux aux chariots, pour être plus tôt prêt à fuir.

Mais la horde sauvage ayant changé de direction; dautre part, labsence de Maria et dHalleck se prolongeant, loncle John suspendit son départ pour les attendre. Bien entendu que la question de fuir ne fut pas mise en délibération.

Cétait le seul parti à prendre.

Ces préparatifs de mauvais augure, ces chevaux attelés, frappèrent de suite les deux arrivants; Halleck lança un regard à Maria.

— La prolongation de notre séjour ici, parait douteuse, observa- t-il; loncle John a pris lalarme.

— Certes! il serait étrange quil eût pris quelque autre détermination, en présence de tous ces affreux présages. Mais, qui aurait pu croire à de pareilles horreurs dans lÉtat de Minnesota, au coeur de la civilisation? Pour moi, je nai quun désir ardent, cest de méloigner le plus promptement possible.

— Eh bien! Non pas moi! chère cousine. Maintenant, je le confesse, mon opinion sur les aborigènes devient douteuse; il y a comme un brouillard dans mon imagination. Avant de men aller, je veux éclaircir la question; je veux, sil est possible, réhabiliter ces pauvres Indiens à mes yeux, dans toute leur splendeur.

— Ô Adolphe! vous serez donc toujours une tête folle? Si vous avez peur de perdre votre affreux fétichisme pour les Sauvages, il vaut. mieux vous en aller sans pousser lexamen plus loin; car, croyez-moi, la désillusion sera terrible.

— Eh bien! donc, enlevez-moi! dit lartiste en riant; Ah mais! jy songe, je ne vous ai pas fait voir le croquis délicieux que…