— Ai-je le temps de regarder des paysages, lorsque la vie de mes amis est en danger? riposta impatiemment la jeune fille en lui tournant le dos pour courir dans la maison.
Au même instant, Will Brainerd descendit de son observatoire. Il informa la famille quaucun ennemi nétait visible à lhorizon, bien que les symptômes de bouleversement et dincendie se multipliassent dans les alentours.
— Je métonne, ajouta-t-il en terminant, que notre Settlement a été épargné jusquà ce moment.
Toute la famille se réunit alors en un vrai conseil de guerre; les délibérations furent brèves et concluantes. Une fuite très prompte fut décidée, comme étant le seul et unique moyen de salut. En effet, il y avait quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent pour craindre lirruption dune bande de Peaux-rouges apportant avec elle le carnage et lincendie, et une seule chance de ne pas être envahi; toute minime que fût cette dernière probabilité, elle inspira à loncle John quelques modifications dans son plan de fuite.
Il fut résolu que M. et mistress Brainerd, Maggie et Maria, accompagnés par Jim, partiraient les premiers dans le chariot le plus léger, et, quils se dirigeraient à toute vitesse, vers Saint-Paul, de façon à sortir le plus tôt possible du territoire de Minnesota et éviter ainsi les bandes sanguinaires des Indiens soulevés.
Will et Halleck devaient rester, attendant lissue des événements, dans le but de protéger, sil était possible, le Settlement contre le pillage de quelques maraudeurs isolés. Bien entendu, ils se tenaient tout prêts à fuir en cas de nécessité.
En outre, ils étaient munis chacun dune bonne carabine, dun revolver, dun bon couteau de chasse; la poudre et les balles ne leur manquaient pas. Moyennant ces préparatifs, ils pourraient se défendre avec succès contre les rôdeurs qui viendraient à se présenter.
Loncle John leur recommanda expressément de nengager une lutte que lorsque les chances de succès seraient évidentes; attendu que lorsque le sang avait coulé, les Sauvages du Minnesota devenaient des démons incarnés. Halleck accepta fort légèrement les recommandations et lopinion de son oncle; il prétendit «quon calomniait ces pauvres gens.»
— Nous nous rendrons directement à Saint-Paul, conclut M. Brainerd; si vous êtes obligés de déguerpir, suivez nos traces; Will connaît assez le pays pour vous guider dune façon sûre. Je ne vous dis cela que pour le cas ou vous seriez obligés de fuir absolument.
Fuir… non! mais nous en aller… oui! répliqua Halleck dun ton suffisant; si lIndien se présente, de deux choses lune: ou il sera facile à apprivoiser, ou il sera méchant. Si bon il est, ma théorie sera démontrée; sil fait le méchant nous le corrigerons; voilà tout!