Telles étaient les circonstances dans lesquelles nos jeunes gens sétaient réunis, au moment où nous les avons présentés au lecteur.

— Daprès vos lettres, loncle John jouit dune santé merveilleuse? reprit lartiste, après une courte pause.

— Oui, il est étonnant. Vous savez les craintes que nous concevions à son égard, lorsque après ses désastres financiers, il forma le projet démigrer, il y a quelques années? Mon père lui offrit des fonds pour reprendre les affaires; mais loncle persista dans ses idées de départ, disant quil était trop âgé pour recommencer cette vie là, et assez jeune pour devenir un «homme des frontières.» Il a pourtant cinquante ans passés, et sur sept enfants, il en a cinq de mariés; deux seulement sont encore à la maison, Will et Maggie.

— Attendez un peu…, il y a quelque temps que je nai vu Maggie, çà commence à faire une grande fille. Et Will aussi… il y a deux ans cétait presque un homme.

— Maggie est dans ses dix-huit ans; son frère à quatre ans de plus quelle.

Sans y songer, Adolphe regarda Maria pendant quelle parlait; il fut tout surpris de voir quelle baissa les yeux et quune rougeur soudaine envahit ses joues. Ces symptômes dembarras ne durèrent que quelques secondes; mais Halleck les avait surpris au passage; cela lui avait mis en tête une idée quil voulut éclaircir.

— Il y a un piano chez loncle John, je suppose? demanda-t-il.

— Oh oui! Maggie naurait pu sen passer. Cest un vrai bonheur pour elle.

— Naturellement… Ces deux enfants-là nont pas à se plaindre; ils ont une belle existence en perspective. Will a-t-il lintention de rester-là, et de suivre les traces de son père?

— Je ne le sais pas.