«Loncle John Brainerd» nétait pas, en réalité, parent aux deux jeunes gens. Cétait un ami denfance du père de Maria Allondale; et toute la famille le désignait sous le nom doncle.
Après sêtre retiré dans la région de Minnesota en 1856, il avait exigé la promesse formelle, que tous les membres de la maison dAllondale viendraient le voir ensemble ou séparément, lorsque son settlement serait bien établi.
Effectivement, le père, la mère, tous les enfants mariés ou non, avaient accompli ce gai pèlerinage: seule Maria, la plus jeune, ne sétait point rendue encore auprès de lui. Or, en juin 1862, M. Allondale lavait amenée à Saint-Paul, lavait embarquée, et avait avisé loncle John de lenvoi du gracieux colis; ce dernier lattendait, et se proposait de garder sa gentille nièce tout le reste de lété.
Tout sétait passé comme on lavait convenu; la jeune fille avait heureusement fait le voyage, et avait été reçue à bras ouverts. La saison sétait écoulée pour elle le plus gracieusement du monde; et, parmi ses occupations habituelles, une correspondance régulière avec son cousin Adolphe navait pas été la moins agréable.
En effet, elle sétait accoutumée à lidée de le voir un jour son mari, et dailleurs, une amitié denfance les unissait tous deux. Leurs parents étaient dans le même négoce; les positions des deux familles étaient également belles; relations, éducation, fortune, tout concourait à faire présager leur union future, comme heureuse et bien assortie.
Adolphe Halleck avait pris ses grades à Yale, car il avait été primitivement destiné à létude des lois. Mais, en quittant les bancs, il se sentit entraîné par un goût passionné pour les beaux-arts, en même temps quil éprouvait un profond dégoût pour les grimoires judiciaires.
Pendant son séjour au collège, sa grande occupation avait été de faire des charges, des pochades, des caricatures si drolatiques que leur envoi dans sa famille avait obtenu un succès de rire inextinguible; naturellement son père devint fier dun tel fils; lorgueil paternel se communiqua au jeune homme; il fut proposé par lui, et décrété par toute la parenté quil serait artiste; on ne lui demanda quune chose: de devenir un grand homme.
Lorsque la guerre abolitionniste éclata, le jeune Halleck bondit de joie, et, à force de diplomatie, parvint à entrer comme dessinateur expéditionnaire dans la collaboration dune importante feuille illustrée. Mais le sort ne le servit pas précisément comme il laurait voulu; au premier engagement, lui, ses crayons et ses pinceaux furent faits prisonniers. Heureusement, il se rencontra, dans les rangs ennemis, avec un officier qui avait été son camarade de classe, à Yale. Halleck fut mis en liberté, et revint au logis, bien résolu à chercher désormais la gloire partout ailleurs que sous les drapeaux.
Les pompeuses descriptions des glorieux paysages du Minnesota que lui faisait constamment sa cousine, finirent par décider le jeune artiste à faire une excursion dans lOuest. — Mais il fit tant de stations et chemina à si petites journées, quil mit deux mois à gagner Saint-Paul.
Cependant, comme tout finit, même les flâneries de voyage, Halleck arriva au moment où sa cousine quittait cette ville, après y avoir passé quelques jours et il ne trouva rien de mieux que de sembarquer avec elle dans le bateau par lequel elle effectuait son retour chez loncle John.