— À rien; seulement je pense quils auront laissé les enfants jouer avec le feu et ces petits drôles auront allumé un incendie.
— Un idiot ou un imbécile pourraient seuls concevoir quelques doutes sur lorigine de ce feu!
— Enfin! supposons que ce soient les Indiens; chose que je nadmets pas; que vous proposez-vous de faire?
— Mon père nous a confié la garde de ces lieux; nous sommes les uniques défenseurs de presque toute notre fortune; il est de notre devoir dy rester jusquà la dernière extrémité. Je vais descendre à lécurie pour harnacher nos chevaux de façon à ce quils soient prêts à partir à lheure suprême; ensuite nous nous remettrons en observation.
Will descendit pour faire les préparatifs dont il venait de parler; lartiste resta flegmatiquement sur le toit. Le jeune Brainerd sella, brida soigneusement les chevaux, les emmena hors de lécurie, et les cacha dans un fourré tout proche, où il pouvait espérer que loeil subtil des Indiens ne les découvrirait pas. Aussitôt après il rejoignit Halleck.
Il ny avait pas moyen den douter; les hordes indiennes avaient commencé leur oeuvre de mort et de dévastation: au nord, à louest, au sud, dans toutes les directions surgissaient des traînées de flammes qui semblaient rendre les ténèbres plus profondes et plus redoutables.
Loreille du jeune homme effrayé avait cru entendre, aussi, par intervalles, des cris, des vociférations, des plaintes déchirantes, éparses dans cette atmosphère dépouvante.
Il lui aurait néanmoins été impossible de discerner, à coup sûr, si cétait une illusion ou une réalité lugubre; lorsquil eût rejoint Halleck, il lui demanda sil navait rien entendu de semblable. Ce dernier lui répondit négativement.
Il nest pas certain que cette réponse fût lexpression de la vérité; mais, dans son trouble, la pauvre Brainerd ny regardait pas de si près.