— Pourquoi?
— Il est impossible de sonder les coquineries des Peaux-rouges. Nous sommes loin dêtre hors de danger; si ce nest en rase prairie.
— Eh bien! au contraire, moi, je pense que ces gens là ont un fond de noblesse et de chevalerie qui les poussera toujours à nous attaquer ouvertement.
— Ah! pauvre Adolphe, vous êtes obstiné dans vos ridicules illusions! Oui, sils sont en nombre énormément supérieur et sûrs de nous écraser, ils nous attaqueront effrontément mais heureusement nous sommes bien montés, et suffisamment armés pour les tenir à distance. Tout ce que je crains, ce sont les embuscades; les Indiens nont pas dautre idée en tête.
— Si vous le préférez je vais battre le bois; vous mattendrez ici.
— Non! je vais avec vous.
Ils pénétrèrent ensemble sous la voûte de verdure, firent quelques pas et écoutèrent en regardant tout autour deux. La forêt était silencieuse comme une tombe; pas un être animé ny donnait signe de vie.
— Jespère que nous sommes seuls, dit Brainerd; comme les broussailles sont très inextricables par ici, nous serons obligés de mettre pied à terre et de nous séparer quelque peu, afin de chasser pendant quelques heures chacun de notre côté.
— Cest parfait! répondit Halleck se mettant en devoir dobéir; nous nous retrouverons ici, chargés du gibier que nous aurons pu conquérir.
Ils se séparèrent ainsi; lartiste prit à droite, son compagnon à gauche. Dabord une grande quantité décureuils soffrit à leur vue, mais ils dédaignèrent daussi menues proies, réservant leurs munitions pour de meilleures rencontres. Au milieu de ses zigzags, lartiste fit la rencontre dune petite source, abritée dans le creux dun énorme rocher; tout autour de ce nid frais et murmurant senlaçaient les racines noueuses de grands arbres au milieu desquelles ruisselaient avec une grâce infinie les plus mignonnes cascades.