Le site était ravissant; aussi Halleck après sêtre avidement désaltéré à cette glace liquide, ne put résister au désir den faire le dessin.
En conséquence, il ouvrit son inséparable album, et accomplit son oeuvre avec une attention que rien ne pouvait distraire. Tout en crayonnant, il crut bien entendre, une douzaine de fois, Brainerd décharger son fusil; mais il ne se troubla pas pour cela; au contraire, il en conclut quil était heureux en chasse, et que dès lors, lui Halleck, pouvait bien vaquer â son cher dessin.
Néanmoins, il fit la réflexion que rentrer sans une seule pièce de gibier serait chose humiliante; aussi; lorsquil eût fini, il replia son album et repartit en chasse, le fusil sur lépaule.
Mais ses aventures nétaient pas finies, à beaucoup près. À proximité dune petite éclaircie, il sarrêta tout frissonnant: son oreille aux aguets venait dentendre une voix plaintive, semblable au râle dun agonisant. Il écouta encore; il ny avait point â sy méprendre, cétait bien les gémissements dune créature humaine blessée à mort; ils partaient dun buisson situé à une cinquantaine de pas.
Halleck courut dans cette direction et découvrit avec consternation un homme étendu à la renverse sur le sol; il paraissait mortellement blessé et navait plus quun souffle de vie.
Lartiste se pencha sur lui dune façon compatissante.
— Comment vous trouvez-vous en ce misérable état, pauvre malheureux? lui demanda-t-il.
— Hélas! murmura le moribond en se raidissant pour regarder autour de lui comme sil eut appréhendé le retour dun ennemi féroce; ce sont ces Sauvages… ils ont massacré ma femme et mes enfants, et mont traîné jusquici pour y expirer.
— Où sont-ils, les Indiens
— Partout! vous nen avez point rencontré?