Une pensée lui causait un certain malaise; si ses ennemis étaient nombreux, lissue de laventure pouvait devenir extrêmement désagréable. Il éprouva un sentiment de soulagement lorsquil aperçut une figure sombre, une seule, se dessinant derrière les feuillages.

— Impudent vagabond! murmura Halleck, tu lorgnes par ici pour juger du résultat de ton coup. Attends un peu, je vais te rendre la monnaie de ta pièce.

Malheureusement, loeil expérimenté de lIndien avait remarqué le canon de carabine quAdolphe dirigeait contre lui; il se déroba subtilement derrière un arbre, au moment où le coup partait, et esquiva ainsi une conclusion précipitée de tous ses combats.

Sans sarrêter à savoir sil avait touché le but, Halleck rechargea son arme avec toute la rapidité possible; il venait dassurer la dernière bourre, lorsque avec un cri insultant de triomphe le Sauvage arriva en bondissant sur lui.

Quoiqu»il neut pas encore placé la capsule, Halleck ne se troubla point, et coucha en joue son adversaire. Ce dernier, trompé par ce sang-froid, crut que lartiste avait une arme à deux coups et se cacha vivement derrière un arbre.

Avec la rapidité de la pensée, Halleck mit sa capsule, arma la batterie, et attendit, tout en réfléchissant quau fond les choses allaient pour le mieux puisque la partie était égale.

Cependant, chacun des deux adversaires étant abrité, la bataille, devenait une question de stratégie. Le vainqueur devait être celui qui, le premier, parviendrait à surprendre lautre hors de garde.

Une histoire du désert revint alors en mémoire à lartiste; il se rappela avoir lu quun Européen se trouvant en position analogue, avait imaginé de tromper son ennemi et de provoquer son feu, en faisant apparaître cauteleusement son chapeau ou un autre objet paraissant indiquer que la tête était dessous. LIndien avait fusillé un bonnet suspendu au bout dune branche, et lorsquil était arrivé sur celui quil croyait mort, il avait reçu lui-même le coup mortel.

Halleck se souvint aussi avoir vu cette petite scène reproduite par un dessin qui lavait charmé.

Mettant aussitôt ses souvenirs en pratique, lartiste plaça son Panama sur le canon de la carabine, et léleva doucement un peu au-dessus de larbre. Mais il avait compté sans la perspicacité de son adversaire, et aussi sans sa propre inexpérience; le chapeau balançait sur son appui improvisé, ses allures nétaient pas naturelles, il ny avait pas trompe-loeil.