Fig. 151 et 152.—Sépultures de l'industrie du fer à Djonu (Talyche russe).
Fouilles de l'auteur.
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Si les primitifs habitants des montagnes qui bordent au sud-ouest la mer Caspienne ne brûlaient pas les morts avec leurs épouses comme on le faisait aux Indes, du moins semble-t-il que l'homme les emmenait avec lui dans l'autre monde. Une sépulture que j'ai eu la bonne fortune de découvrir à Véri (Talyche russe) en 1890, est explicite à cet égard.
Un ciste aux contours irréguliers (fig. 153) renfermait quatre corps[202]. À droite sont les restes de l'homme (n° 1), accompagnés de ses armes: une épée, quatre poignards, plusieurs têtes de lances et bon nombre de pointes de flèche; comme bijou, un torque et quelques perles, de petits disques d'or. À gauche de l'homme, au milieu de la tombe, sont deux crânes de femmes (nos II et III), entourés de perles, de disques d'or; chacune a son torque, et des bracelets l'accompagnent; les armes font complètement défaut. À gauche est un autre crâne féminin (n° IV), entouré des mêmes bijoux et, près de là, un miroir de métal. (Dans la figure 153, les vases ont été enlevés, afin qu'on se rende mieux compte de la position des objets et des squelettes.)
L'examen du mobilier de cette sépulture montre d'une façon très nette que les trois femmes avaient accompagné leur maître dans la tombe. La position des bijoux, l'ordre qui régnait dans leur distribution, et le fait qu'aucun vase n'avait été brisé, prouve que ces femmes avaient été mises à mort avant la fermeture de la chambre sépulcrale. Là s'arrêtent nos constatations: mais elles sont fort importantes quant aux cérémonies des funérailles, au temps du bronze dans cette région, car elles ouvrent la voie aux comparaisons avec les Indes, où existait depuis des temps fort reculés, sous une autre forme, le même rite du sacrifice des femmes. Cette tombe rappelle celles des Scythes dont parle Hérodote.
Les mœurs à ces époques étaient fort variées et souvent de la plus affreuse barbarie; ainsi M. Stolpe, savant suédois qui a étudié une caverne de l'île Stôra Carlso (Gotland), a constaté que les habitants de cette île aux temps néolithiques étaient cannibales[203]; et l'on trouve encore mention du cannibalisme en Europe à l'époque historique[204].
Mais les néolithiques se livraient encore à d'autres pratiques sur les morts, et ces usages ont laissé des traces. Ils découpaient des rondelles dans les crânes, les trépanaient, non pas dans le but chirurgical de cette opération de nos jours, mais pour en détacher des fétiches; car ces rondelles ils les perçaient de trous pour les suspendre ou les faire entrer dans leurs colliers[205]; et les Gaulois eux-mêmes pratiquaient encore cet usage. On a découvert en Bohême, dans l'oppidum de Stradonitz, un fragment de calotte crânienne orné de dessins géométriques gravés, témoin d'un usage qu'on retrouve de nos jours en Océanie.
Fig. 153.—Sépulture de l'industrie du bronze à Véri (Talyche russe).
Fouilles de l'auteur (les vases ont été enlevés).
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