En France, les menhirs sont plus nombreux encore que les dolmens. A. de Mortillet en compte 6192, y compris les alignements et les cromlechs[196]; et leur distribution ne concorde pas exactement avec celle des dolmens. Le plus grand de ces monuments est le Men-er-Hroèck (Pierre de la Fée), aujourd'hui renversé et brisé, qui mesurait 26m, 50 de longueur. Ce monolithe rappelle par ses dimensions les obélisques d'Égypte; celui d'Hata Sou à Karnak est cependant beaucoup plus grand, sa hauteur étant de 33m, 20. On se perd en conjectures sur la destination primitive de ces monuments, mais aucune des hypothèses proposées jusqu'ici ne repose sur des bases scientifiques.

Il en est de même pour les alignements, longues files parallèles de menhirs plantés en terre à des distances presque égales et dont on voit encore les restes dans les départements du Morbihan et du Finistère. Ces alignements, jadis, étaient beaucoup plus étendus: ce qu'il en reste donne cependant encore une grande impression.

Les cromlechs sont de grands cercles de 50 ou 60 mètres de diamètre, formés de menhirs. Ces monuments mégalithiques sont très répandus sur notre sol, dans les îles Britanniques, en Suède, en Danemark. On en rencontre quelques-uns dans l'Asie antérieure. Toutes les interprétations qui ont été données à leur sujet sont du domaine de la fantaisie.

Le petit nombre de sépultures quaternaires découvertes jusqu'à ce jour ne permet pas d'établir les règles alors suivies dans la mise en terre du mort, et nous n'avons, de ces temps, aucune indication quant aux pratiques d'incinération que nous voyons souvent usitées par les néolithiques de nos pays. Mais avec l'apparition de la pierre polie, nos informations deviennent beaucoup plus sûres. Dans certaines régions, telle la Scandinavie, les tombes néolithiques sont toutes d'inhumation, alors qu'en France et surtout en Bretagne, on a fréquemment incinéré les morts[197]. Dans les départements de la Marne, de l'Aisne, du Gard et en beaucoup d'autres points de notre sol, la même observation a été faite[198]; et cette coutume de détruire le corps par le feu, aurait également été en vigueur aux mêmes époques en Thuringe et dans la Prusse occidentale[199], alors que dans les îles Britanniques, en Italie et en Suisse on n'a pas encore retrouvé de traces d'incinération.

D'ailleurs, dans les temps historiques, chez les Latins et les Étrusques, la crémation et l'inhumation étaient également pratiquées; seul l'Orient, et surtout l'Égypte, semble s'être refusé à la destruction du corps. Cependant l'incendie des tombes royales primitives de Négadah et d'Abydos permettrait de penser qu'à l'origine on pratiquait, pour les grands personnages, l'incinération non seulement de leur corps, mais de tous les biens leur ayant appartenu.

Quant au décharnement pré-sépulcral, il semble avoir été en usage dès les temps quaternaires, si nous en jugeons par la couleur qui couvre les ossements[200]. Pour les époques plus voisines de nous, cette pratique a laissé de nombreuses traces dans l'Europe occidentale, centrale, en Russie et, paraît-il, jusqu'au nord du Caucase.

Pendant que florissait l'industrie du bronze dans nos pays, les coutumes d'antan demeurèrent ce qu'elles étaient à l'époque des néolithiques; toutefois on cessa peu à peu de bâtir des dolmens et ceux qui existaient furent souvent employés comme ossuaires. Dès lors on enterra dans des cistes, dans des fosses aux parois garnies de moellons, dans des chambres bâties (fig. 151 et 152), sur lesquelles on élevait un tumulus qui, parfois, atteignait des proportions considérables. Celui de Saint-Menoux (Allier) ne mesurait pas moins de 25 mètres de diamètre[201]; il contenait quatre squelettes.

À cette époque la crémation était en usage également dans l'Europe; mais, comme aux premiers temps, l'Asie ne l'adopta pas, ou du moins, nous n'en avons jusqu'ici rencontré aucune trace. Là, dans certaines régions, le nord-ouest de la Perse entre autres, on peut suivre les diverses phases de passage du grand dolmen au ciste, et les mobiliers funéraires vont en se perfectionnant au fur et à mesure que se complique la construction funéraire.