Reste à supposer que l'idée de construire ces vastes sépultures est née en des temps divers dans plusieurs pays, car le culte des morts est trop ancien et trop répandu pour qu'on puisse expliquer sa généralisation par sa propagation partant d'un foyer unique. La solution serait, semble-t-il, dans une hypothèse mixte; car il n'est pas possible de relier au grand groupe des dolmens asiatico-européens, les monuments du Japon, de Madagascar et de l'Amérique du Sud.
Dans tous les pays, les plus anciens dolmens sont faits de matériaux de grande taille, mal dégrossis; puis, peu à peu, les éléments des murailles verticales diminuent de grosseur et bientôt les blocs latéraux des débuts sont remplacés par un appareil en pierres brutes, il est vrai, mais soigneusement établi. Seules les grandes dalles du toit demeurent (fig. 148)[194] et, les dimensions du monument diminuant, on en arrive au ciste.
Fig. 149.—1, Menhir de Kérouézel à Porspoder (Finistère);
2, Géant de Kerdil, Carnac (Morbihan);
3, Penmarch (Finistère), hauteur 7 mètres.
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Ce n'est pas dire que l'usage d'enterrer les morts dans des coffres de pierre soit postérieur aux dolmens; les deux genres de sépulture ont certainement été usités en même temps dans les mêmes pays, mais le principe de ces constructions funéraires est le même. D'autre part, la conception du dolmen et de son tumulus, interprétée par des peuples de grande culture, a produit en certains pays de véritables colosses; témoin les pyramides royales égyptiennes de l'Ancien et du Moyen Empire.
Les dolmens ne sont pas les seuls monuments mégalithiques de l'antiquité préhistorique: on rencontre également dans bien des régions des traces inexpliquées encore de croyances religieuses ou superstitieuses, se rapportant peut-être au culte des morts, et se manifestant sous forme de pierres levées (menhirs)[195] (fig. 149), de portiques, rares d'ailleurs, composés de deux montants verticaux et d'un linteau; enfin des alignements de monolithes (fig. 150), le plus souvent associés à des cromlechs. Les dolmens eux-mêmes présentent parfois des singularités inexplicables: certains sont divisés en plusieurs chambres qui communiquent entre elles par un trou circulaire percé dans la cloison (fig. 145, nos 5 et 6; fig. 146, n° 6).
Fig. 150. Alignements de Ménec à Carnac (Morbihan).
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