Fig. 147.—Distribution géographique des dolmens dans l'ancien monde.
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Le dolmen[190] (fig. 145 et 146) est un monument en pierre, de dimensions variables, composé de murailles verticales formées de gros blocs dressés et d'une ou plusieurs grandes dalles recouvrant l'édifice. Certains dolmens ne renferment qu'une seule chambre, rectangulaire (fig. 145 et 146, nos 1, 3 et 4); d'autres en contiennent plusieurs (fig. 146, nos 5 et 7), d'autres enfin sont munis d'une galerie d'accès construite d'après les mêmes principes (fig. 146, nos 1, 3 et 7), plus ou moins longue, plus ou moins large et haute. Parfois les murs latéraux sont inclinés et donnent au dolmen l'aspect d'une pyramide tronquée (fig. 145, nos 4 et 5); on connaît même des allées couvertes dont les grandes dalles ne sont supportées que d'un seul côté, ce qui donne au couloir une section triangulaire. On voit aussi bon nombre de ces monuments formés d'une longue galerie sans chambre spéciale (fig. 146, nos 2 et 6). Dans quelques pays, en Irlande entre autres, les dalles du plafond sont remplacées par une voûte en encorbellement, construite en petites pierres plates (fig. 146, n° 7). Le sol des dolmens est, en France, souvent dallé (fig. 146, nos 1 et 6).

Fig. 148.—Dolmen bâti de Nâmin,
province d'Ardébil (Perse)
[relevés de l'auteur].
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Dans bien des cas les dolmens sont recouverts d'un monticule de terre plus ou moins grand; mais nous ne pouvons pas affirmer que tous occupaient l'intérieur d'un tumulus, et que ceux qui sont aujourd'hui découverts, l'ont été, soit par la culture, soit par les pluies.

Dans les dolmens complets, avec tumulus, on constate la présence au pourtour de la butte d'un cercle de grosses pierres destiné à limiter la base du tertre. Souvent on rencontre de ces cercles de pierre isolés, sans qu'un dolmen soit situé au centre. Pour la plupart ces cercles ne sont que les ruines d'anciens tumuli: mais il ne faut pas les confondre avec les cromlechs[191], monuments de destination inconnue, dont les dimensions sont beaucoup plus grandes.

L'apparition des dolmens[192] dans l'Europe occidentale semble coïncider avec la seconde phase de l'industrie néolithique de la Suisse et de la France; mais cette apparence semble être illusoire: car les plus anciens de ces monuments, dont les mobiliers ne comprennent que des outils de pierre, faits de roches dures importées renferment des traces de métal, cuivre et or, d'autres sont franchement énéolithiques.

L'extension géographique des dolmens est immense (fig. 146); on les rencontre depuis le sud de la Scandinavie jusqu'en Algérie, et depuis le Portugal jusqu'aux Indes et au Japon[193]. Dans le nord de l'Asie antérieure (talyche russe ou persan), ils appartiennent tous aux temps des industries du cuivre et du bronze; il s'ensuit que si l'usage de construire de semblables édifices est venu de l'Asie dans nos pays, cette pratique a forcément amené avec elle la connaissance des métaux, ce qui semble être le cas; car, en Europe occidentale, ces tombeaux renferment des mobiliers d'apparence néolithiques mais certainement dus à la pauvreté en cuivre de leurs constructeurs. L'hypothèse d'une propagation en sens inverse est inacceptable, car elle supposerait que les débuts du métal, dans les pays caspiens, sont postérieurs à ceux dans l'Armorique et ce ne peut être, la civilisation asiatique remontant à des âges beaucoup plus reculés que celle de l'Occident.