Fig. 162.—Haches et taureaux votifs: 1, vase mycénien du Chypre; 2, Hissarlik; 3, Bythin (province de Posen);
4, 5, Châtillon-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine); 6, Hissarlik; 7, Ebersberg; 8, Olympie; 9, Grotte de Dicté
(Crète).
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Ainsi, dans bien des cas, le naturisme, primitif s'est peu à peu transformé, l'idée première de la divinité sous sa forme réelle a disparu, et l'emblème des dieux a pris la place de la pensée initiale. C'est ainsi que sur les koudourrous chaldéens (bornes-titres de propriétés) nous voyons figurer indifféremment les dieux et leurs emblèmes; c'est ainsi également que sont nés les panthéons chez les Égyptiens, les Grecs, les Italiotes, etc...

Telles sont, dans leurs grandes lignes, toutes nos connaissances quant aux croyances religieuses chez les hommes avant l'Histoire. En ces temps la magie et la divination, issues du naturisme, jouaient un très grand rôle dans les rites; mais nous ne saurions entrer dans le détail de ces pratiques diverses; les documents font encore défaut.

CHAPITRE III

LA FIGURATION DE LA PENSÉE

Quand l'homme fut sorti de la vie uniquement matérielle, dès que son esprit s'affina quelque peu, il éprouva le besoin de fixer sa pensée, afin de la pouvoir transmettre par des signes intelligibles pour tous; et le premier moyen qu'il trouva fut de représenter par le dessin les idées simples qu'il concevait. Ce premier effort donna naissance à la pictographie représentative; mais bientôt le domaine de la pictographie devenant trop étroit pour répondre aux idées abstraites, même les plus simples, on y joignit la figuration conventionnelle, dont les tracés prirent rapidement une forme hiéroglyphique, et, grâce à son développement intellectuel, et aux progrès que chaque jour l'homme faisait dans toutes les branches de la pensée, bientôt cette écriture elle-même ne suffit plus à ses besoins, certains mots de son parler ne trouvant pas leur expression dans les figures dont il disposait et qu'il ne pouvait pas créer. C'est alors que, négligeant la signification représentative de certains signes, il ne leur accorda plus qu'une valeur phonétique, tout comme nous le faisons encore dans nos rébus. Ainsi naquirent les hiéroglyphes proprement dits, ceux de l'Égypte, de la Chaldée primitive, des Hétéens, de la Crète, de la Chine, du Mexique, etc., dont l'écriture se compose de signes mélangés représentatifs, idéographiques et phonétiques. De là, par des transformations successives des signes phonétiques, se forma l'écriture syllabique: tels le chinois, le cunéiforme des Achéménides, et de ces systèmes sortit la conception de l'alphabet.

Telle est l'évolution rationnelle de l'écriture. Quelques peuples seulement en ont connu toutes les phases; mais, à côté, se développa chez bien des tribus le mnémonisme, entièrement conventionnel, et dont, par suite, la clé s'est perdue en même temps que disparaissaient les hommes qui faisaient usage de ces moyens.