Fig. 163.—1 à 12, Galets peints du Mas d'Azil (Azilien):
13 et 14, os gravés, caverne de Lorthet (Hautes-Pyrénées) (Magdalénien).
[(agrandir)]
Aux temps quaternaires, la gravure et la peinture jouaient dans bien des cas probablement le rôle d'écriture pictographique simple; toutefois nous n'en pouvons être assurés; mais à côté de ces représentations artistiques, peut-être idéographiques, il existait aussi des aide-mémoire variés, dont fréquemment nous retrouvons des traces. Les galets coloriés du Mas d'Azil (fig. 163, nos 1 à 12), les os gravés de la Roche-Bertier (Charente) et de Lorthet (Hautes-Pyrénées) (fig. 163, nos 13 et 14) en sont d'indiscutables exemples[208]. Donc l'homme dans nos pays, dès la fin des temps quaternaires, usait de ces moyens mnémoniques dont se servent encore les tribus sauvages de l'Océanie, dont les Indiens du Nouveau Monde ont fait usage; et cette coutume semble avoir disparu lors de la naissance des industries mésolithiques, ou du moins nous n'en voyons plus de traces, dès que paraît le campignien, ainsi que pendant toute la durée des industries du bronze dans l'occident de l'Europe.
Fig. 164.—Inscription de Nunsingen
(Suisse) sur une perle de verre dans
un tombeau remanié de l'industrie
de la Tène (époque incertaine).
[(agrandir)]
Fig. 165.—Peinture figurative mexicaine accompagnée
de légendes explicatives en hiéroglyphes
(d'après L. de Rosny).
[(agrandir)]
Nos pays ne semblent pas avoir connu l'hiéroglyphe. C'est en Orient, dans le centre de l'Amérique et en Chine que ce système s'est surtout développé. Nous le trouvons établi en Égypte dès les temps pré-pharaoniques; il serait venu dans ce pays en même temps que la connaissance du cuivre. En Chaldée et dans l'Élam, aux temps de l'industrie énéolithique, il existait déjà comme précurseur des signes cunéiformes. Chez les Hétéens, nous le voyons complètement formé à l'époque des Ramessides, mais nous ne connaissons pas ses débuts; il en est de même pour les hiéroglyphes égéens[209]. Ces écritures, dans lesquelles le phonétisme jouait assurément un très grand rôle sont demeurées cantonnées dans les pays de l'idiome auquel elles correspondaient; et, même alors que les communications devinrent faciles entre l'Orient et l'Occident, elles n'ont jamais été adoptées en Europe et n'ont même pas inspiré d'écritures analogues. L'Occident ne connut pas de système alphabétique, avant l'apparition de l'écriture hellénique. Comme exemple, unique d'ailleurs jusqu'ici, de tentative indépendante de la Grèce, nous citerons l'inscription de Müningen, en Suisse (fig. 164), que porte une perle de verre datant des débuts de l'industrie du fer; encore ne pouvons-nous pas nous rendre compte de son origine.