Fig. 186.—Les glaces et l'expansion de l'industrie paléolithique
(Types chelléen et acheuléen).
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Nous avons vu que les industries paléolithiques, les plus anciennes dont la connaissance certaine nous est parvenue, se décomposent en trois sous-industries: le Chelléen, l'Acheuléen et le Moustiérien; qu'il semble que ces trois formes du travail de la pierre sont contemporaines, dictées à l'homme par des besoins locaux. Or les instruments chelléens et acheuléens se rencontrent dans bien des parties du monde fort éloignées les unes des autres dont certains districts, vraisemblablement, n'ont pas eu de contact avec les autres régions de même industrie (fig. 186). On est donc amené à conclure de la grande extension géographique de ces types et que les mêmes causes ont produit les mêmes effets en des temps divers, dans des régions différentes, que l'industrie paléolithique est tout aussi bien née en Amérique du Nord qu'aux Indes, en Australie où elle est encore en usage, que dans l'Afrique méridionale, que dans l'Europe occidentale, et peut-être encore en beaucoup d'autres lieux. D'autre part on remarque que le «coup de poing» ne se rencontre pas dans un grand nombre de régions, telles la Sibérie, l'Asie orientale et centrale, la Grèce et ses îles, l'Asie mineure, l'Amérique du Sud, le Mexique, certaines parties de l'Afrique centrale, ainsi que dans les contrées du Nord, le plateau iranien et celui de l'Arménie, pays couverts de glaces pendant la majeure partie des temps quaternaires et, par suite, inhabitables.

Fig. 187.—Expansion du type moustiérien.
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L'Europe occidentale était alors séparée du monde oriental par une véritable barrière naturelle; en Russie, les mers polaires de glace descendaient jusqu'au sud de l'Oural, et l'espace qui les séparait des glaciers irano-caucasiens était occupé par le lac aralo-caspien, dont les eaux couvraient toute la Turkomanie de nos jours, et dont la mer Caspienne et la mer d'Aral ne sont que les derniers témoins, les dépressions les plus profondes. Mais si les voies de communication étaient fermées entre l'Asie centrale et l'Europe, il n'en était pas de même dans la mer Méditerranée; là, les chemins étaient libres, plus faciles même à suivre qu'aujourd'hui, car certainement il existait alors des terres reliant notre continent aux côtes africaines; les Baléares, la Corse, la Sardaigne, la Sicile, l'île de Malte ne sont que les ruines de ces immenses digues par lesquelles les animaux se sont retirés devant les rigueurs toujours croissantes du climat de la Gaule et qui, peut-être, ont permis à l'homme de répandre ses premières découvertes industrielles. En quelques semaines on pouvait en ces temps passer de la vallée du Rhône aux territoires africains, soit en descendant par l'Italie ou par l'Espagne, comme l'ont fait plus tard les envahisseurs germaniques, soit en traversant des terres aujourd'hui disparues.

La diffusion des industries paléolithiques dans tout le bassin méditerranéen s'explique donc aisément par la facilité des communications; et celle des formes moustiériennes, spéciale à l'Ancien Monde, vient appuyer cette hypothèse (carte, fig. 187) car son habitat semble avoir pour centre la mer Méditerranée; mais on ne peut faire état de la déduction que nous venons de tirer en ce qui regarde les régions plus lointaines dans lesquelles se rencontrent les instruments paléolithiques. Existait-il encore à cette époque un continent joignant le pays des Somalis à la péninsule hindoue? C'est chose possible; mais d'autre part les Somalis étaient séparés des Pré-Égyptiens par de grands espaces et de hautes montagnes peu favorables aux relations des peuples entre eux. Quant à l'Amérique du Nord, elle communiquait peut-être avec l'Europe par l'Atlantide: quant au continent dont Terre-Neuve et l'Islande ne seraient aujourd'hui que des points culminants demeurés hors des eaux, il était couvert de glaces. Cette supposition de la communication par l'Atlantide, semble être bien peu fondée, bien qu'elle soit basée sur la répartition géographique des mers aux derniers temps tertiaires.

Quoi qu'il en soit, s'il a jamais existé un foyer unique des industries paléolithiques, peut-être sur des terres aujourd'hui disparues, la propagation de ces industries n'a pas été l'affaire d'un jour et, par suite, en aucun cas, le synchronisme ne peut être admis pour la même industrie dans toutes les régions.