L'Égypte commerçait surtout avec les Asiates de la Phénicie et de la Chaldée, ainsi qu'avec les Libyens; ses vaisseaux parcouraient les îles de la Méditerranée orientale; mais il ne semble pas qu'elle se soit beaucoup éloignée vers l'Ouest africain, au delà de l'oasis d'Ammon. C'est vers l'Afrique centrale que se portait plus particulièrement son négoce: elle en recevait l'or, l'ivoire, et probablement aussi ces belles matières minérales qu'elle savait transformer en vases, en amulettes, en bijoux. Le Nil était sa voie naturelle: dieu pour ses prêtres, dieu également pour ses marchands; mais le Nil, d'après ce que nous en savons, ne lui apportait pas l'étain dont elle avait besoin pour sa métallurgie du bronze et, tout comme la Chaldée, elle n'allait pas le chercher dans les brumes de l'Océan.

La presqu'île du Sinaï, riche en turquoises, mais pauvre en cuivre, ne fournissait à l'Égypte qu'une bien modeste proportion de métal, quoiqu'on ait débité bien des fables à ce sujet; c'est pourquoi, plus tard, les gens du Nil allèrent s'approvisionner en Chypre. Cependant la presqu'île du Sinaï n'en était pas moins le boulevard de l'Égypte, c'est elle qui protégeait Péluse contre un ennemi venu de l'Asie; de là lui vint sa réputation, et non pas de ses gisements de cuivre qui, nous l'avons vu, sont d'importance très minime, presque nulle, part rapport aux besoins de l'empire pharaonique.

Il ne semble pas que l'Égypte ait jamais communiqué directement avec les pays de l'Occident méditerranéen. C'est par les Crétois, par les Phéniciens, par les Hellènes, que son influence et parfois aussi ses produits sont entrés en Italie, en Gaule méridionale et en Espagne.

Quant au monde égéen, sa vie était sur la mer, ses routes, celles de ses vaisseaux. Au nord, nous l'avons vu, les Grecs continentaux étaient en relations indirectes avec les contrées du nord et de l'occident de l'Europe, mais les insulaires demeuraient tributaires pour leur commerce de la côte phénicienne et de l'Égypte: aussi cherchèrent-ils à trafiquer avec des pays neufs, et se lancèrent-ils à la conquête de la toison d'or, sur les deux côtes du Pont-Euxin, sur le littoral de l'Italie, de la Gaule, de l'Espagne dans les grandes îles.

Toutefois, à ces conditions commerciales venaient certainement se joindre des éléments venus de l'Asie centrale. D'ailleurs le commerce des Égéens est de beaucoup plus récent que celui des pré-pharaoniques et des Proto-Chaldéens. Ces considérations se trouvent singulièrement renforcées par ce fait que depuis les temps les plus anciens pour lesquels les traditions et l'histoire nous documentent, nous assistons à une véritable ruée de peuples barbares qui, sortant du Centre asiatique, envahissent non seulement l'Europe, mais l'Asie antérieure elle-même. Tous suivent la même direction; ils marchent avec le soleil. Pourquoi voudrait-on que cet Océan ne se fût mis en mouvement qu'au moment où débute l'Histoire, et pourquoi ne pas admettre que ces peuples n'aient pas conservé des attaches avec leur pays d'origine et continué à commercer avec lui, fait venir des plaines sibériennes, de plus loin peut-être encore, les marchandises qui manquaient dans leur nouvelle patrie, ne les aient pas répandues autant en Europe que dans l'Asie antérieure et l'Égypte? Jadis on attribuait à ces étrangers toutes les inventions, toutes les relations commerciales; aujourd'hui on leur refuse tout, on cherche même leur berceau dans quelques-uns de nos pays, alors que l'enchaînement des faits montre qu'ils sont venus de très loin à l'Est, par vagues successives et qu'aujourd'hui encore beaucoup de ces hordes sont prêtes à reprendre la marche vers le couchant.

Il y a lieu de tenir grand compte de ces influences extrême-orientales; certes nous ne pouvons encore en apprécier toute l'importance, parce que l'étude de l'Asie centrale reste encore à faire; mais ne cherchons pas à tout rapporter à nos pays, parce que la documentation nous fait encore défaut pour d'autres régions; nous nous exposerions à de graves méprises. N'est-il pas préférable d'avouer que nous ne sommes pas encore assez documentés pour trancher de ces questions? que nous en sommes encore réduits à des hypothèses?

CONCLUSIONS

Si nous portons sur la carte les indications que donne l'archéologie préhistorique, en ce qui concerne les temps glaciaires, et si nous ajoutons à ce tracé les renseignements fournis par la géologie, quant à l'extension des glaces quaternaires, nous nous trouvons en présence de révélations vraiment inattendues; malheureusement les confidences que nous fait l'étude du sol, dans ses parties aujourd'hui accessibles, ne sont pas complètes, car nous ne savons rien des continents disparus, et fort peu de chose seulement des modifications subies par les côtes des terres que nous habitons. Quoi qu'il en soit, nos renseignements sont sûrs en ce qui regarde les parties de l'écorce terrestre émergeant encore de nos jours; et s'il demeure de grandes incertitudes quant à l'essaimage des premières colonies humaines, au sujet des influences qu'exercèrent les tribus primitives les unes par rapport aux autres, nous ne disposons pas moins de données suffisantes pour esquisser les premiers pas de l'humanité dans la voie du progrès.

Je ferai tout d'abord observer que, dans tous leurs travaux, les préhistoriens prennent, comme types des diverses industries, les formes qu'on rencontre dans l'occident de l'Europe et que, pour la plupart ils font de ces régions le foyer de diffusion. Ce mode de procéder, absolument anti-scientifique, est dû à ce que l'occident de l'Europe est mieux exploré que les autres parties du Monde. Nous sommes encore obligés de conserver à l'Europe une importance disproportionnée avec le rôle qu'elle a joué; mais, le jour viendra, où son exacte valeur provinciale lui sera rendue, alors les termes que nous employons aujourd'hui dans la nomenclature en usage perdront l'importance illusoire que nous leur accordons.