Fig. 23.—Industrie magdalénienne (instruments en os et en ivoire).
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À la base de ces instruments, deux pointes saillantes permettent d'assurer l'emmanchement et dans le cas où la hampe se séparerait de la pointe, à servir de cran d'arrêt au fil flotteur.
Quant aux propulseurs, la grotte du Mas d'Azil (Ariège), la station de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) et bien d'autres localités nous en ont fourni des spécimens, soit entiers, soit en fragments. Ce sont des baguettes cylindriques munies d'un cran d'arrêt, semblables en tout aux propulseurs modernes, mais le plus généralement ornées de sculptures souvent très remarquables, représentant des animaux.
On rencontre, en outre, dans les grottes magdaléniennes, de singuliers instruments dont on ignore l'usage et auxquels on a donné le nom de «bâtons de commandement». Ce sont des morceaux de bois de renne coupés à une petite distance en dessous et en dessus de la naissance d'un andouiller, percés de larges trous circulaires et fréquemment ornés de gravures représentant des animaux ou de simples lignes plus ou moins régulières. On en rencontre des traces dès l'époque solutréenne; mais c'est au magdalénien qu'ils sont le plus fréquents.
Il n'est pas d'explications qui n'aient été proposées quant à l'usage de ces curieux instruments; la plus vraisemblable est celle qui leur attribue une valeur magique ou religieuse[97].
À cette liste, déjà longue, d'instruments en os, en ivoire et en bois de renne, il faut ajouter les aiguilles, remarquables par leur facture et surtout par l'habileté avec laquelle le chas en a été percé, des épingles garnies ou non d'une tête, des spatules, des lissoirs, des os effilés par polissage et des instruments de forme indéfinissable, dont la destination demeure inconnue.
Quand on voit combien les Magdaléniens étaient devenus habiles dans le travail de l'os, avec quel soin ils polissaient leurs instruments, on est surpris de constater qu'ils n'ont jamais tenté de polir la pierre elle-même. C'est par la finesse et la précision de la taille qu'ils suppléaient au tranchant produit par l'usure et, leurs principales armes étant en os et en ivoire, ils n'éprouvaient pas le besoin de les remplacer par des instruments fragiles de silex.
La céramique.—Aucune de nos stations magdaléniennes n'a fourni de poteries; mais les préhistoriens belges les plus dignes de foi affirment l'existence, dans les stations de même époque des vallées de la Meuse et de la Lesse, d'une céramique, très primitive il est vrai, mais nettement caractérisée.[98] Cette poterie est faite à la main, d'une pâte grossière et mal cuite. On n'en possède pas de vases entiers, mais de simples fragments, qui semblent avoir appartenu à de grands bols évasés et à fond plat.[99]
On sait que bien des tribus de nos temps, très primitives dans leur culture, ne connaissent pas l'usage de la poterie et que, principalement chez les nomades, les vases de terre sont exclus du mobilier par suite de leur fragilité; les peuples plus avancés les remplacent par des ustensiles métalliques, les plus barbares par des récipients de cuir ou de bois. C'est probablement ce qui avait lieu chez les troglodytes magdaléniens de nos régions. Cependant on rencontre parfois dans les cavernes des géodes de silex, de tailles diverses, aussi amincies par une taille grossière, et l'on trouve des galets creusés en forme de mortier,[100] quelquefois munis d'une sorte de manche. On a comparé ces pierres à cupules aux objets analogues dont se servent les sauvages de l'Amérique du Sud pour se procurer du feu, en faisant tourner rapidement dans ces cavités rugueuses un bâton de bois sec et inflammable.[101] L'existence de la poterie dans une station n'implique donc pas, d'une manière absolue, la nature et l'époque de l'industrie de ce gîte.